On pourrait croire, d'après ces témoignages, et on croit généralement que, dans ce mémorable procès, Chateaubriand avait pris pour avocat M. Berryer. C'est une erreur. L'illustre écrivain n'avait pas voulu être défendu. Il s'était présenté à la Cour d'Assises sans avocat. Il se borna à répondre au réquisitoire du procureur général Persil par les paroles suivantes: «Je ne prétends pas défendre ma brochure; je ne me lève pas en ce moment pour répondre au discours de M. le procureur du roi, je citerai seulement quelques passages qui expliquent mes intentions, qu'on a aggravées. Je ne suis pas sorti de ma retraite pour troubler l'ordre; je ne suis revenu en France que lorsqu'on a fait des lois de proscription contre une famille qu'il était de mon devoir de défendre.» Il lut ensuite quelques mots de son Mémoire et cita les paroles touchantes qui le terminaient.
Berryer prit la parole comme avocat de la Quotidienne et de la Gazette de France. «Je ne suis pas, dit-il en commençant, chargé de défendre M. de Chateaubriand.» S'il lui arriva d'en parler, cependant, et s'il le fit en termes magnifiques, ce ne fut pas comme son avocat, mais comme royaliste et comme Français.
Me Charles Ledru, dont Chateaubriand signale l'intervention, qui fut, paraît-il, assez malheureuse, défendait l'Écho français, une des feuilles incriminées.[Retour au Texte Principal]
Note 431: Jean-Charles Persil (1785-1870), député de 1830 à 1839, pair de France de 1839 à 1848, conseiller d'État sous le Second Empire. Au lendemain de la révolution de juillet, il avait été nommé procureur général près la cour royale de Paris. Le zèle avec lequel il poursuivi, les journaux républicains et les journaux légitimistes, également coupables à ses yeux, et qui étaient, il faut le dire, également violents, lui valut pendant plusieurs années une impopularité formidable. Il fut longtemps la cible des caricaturistes et l'une des bêtes noires des petits journaux, de la Mode surtout, qui avait sans cesse à son service des paquets d'épingles. Un jour, elle annonça sa mort en ces termes: «M. Persil est mort pour avoir mangé du perroquet.»[Retour au Texte Principal]
Note 432: M. de Falloux, qui avait pu pénétrer dans la salle en revêtant indûment une robe d'avocat, a raconté cette scène dans ses Mémoires. Lorsque le président eut annoncé l'acquittement de tous les prévenus, la foule se pressa autour de Berryer et de Chateaubriand. Ce dernier dut se cramponner au bras de M. de Falloux pour n'être pas renversé. «Je n'aime pas le train! répétait-il, je n'aime pas le train! menez-moi vite à ma voiture!» Mais sur le perron les acclamations redoublèrent: «Vive Chateaubriand! Vive la liberté de la presse!» On voulait dételer ses chevaux et s'atteler à la voiture. «N'en faites rien, suppliait-il, c'est très loin! c'est très loin! c'est impossible!» Enfin le cocher parvint à se dégager et partit au galop. Quant à M. de Falloux, il avait la tête et le cœur si remplis de ce qu'il venait d'entendre, qu'il s'en allait à travers les rues avec sa robe empruntée d'avocat, emportant sous son bras le grand portefeuille de Chateaubriand. (Mémoires d'un royaliste, par M. de Falloux, t. I, p. 60.)[Retour au Texte Principal]
Note 433: Le célèbre marchand de comestibles du Palais-Royal. Hélas! les Dieux s'en vont, Comus comme Momus. À l'heure où j'écris cette note, la maison Chevet vient d'éteindre ses fourneaux.[Retour au Texte Principal]
Note 434: Il s'agit ici des royalistes de Villeneuve-d'Agen. Chateaubriand les remercia en ces termes:
«Paris, 17 avril 1833.
«Messieurs,
«La belle coupe que vous voulez bien m'offrir en votre nom et en celui de vos compatriotes sera religieusement conservée par moi, comme un témoignage de votre estime et des sentiments qui nous unissent. Puisse, Messieurs, venir le jour où je boirai à la santé du fils de Henri IV dans cette coupe de la fidélité. Qu'il me soit permis d'offrir en particulier mes remerciements et mes hommages aux dames dont je lis la signature au bas de votre touchante lettre.