Ajoutons que le marquis de Chamilly épousa, en 1677, la fille de Jean-Jacques du Bouchet, seigneur de Villefix, — sans se préoccuper le moins du monde de la religieuse de Beja ; — et qu’il devint, en 1703, maréchal de France, « en récompense de ses glorieux services ».
Il n’y a là rien, après tout, de bien neuf ni de fort original ! — Un officier, élégant et noble, a occupé ses loisirs, dans une petite ville, à séduire une jeune fille crédule et d’une rare beauté. Puis, s’étant empressé d’oublier ses serments, dès son départ du pays, il s’est marié sagement à une riche héritière. Quoi de plus naturel ? Cela ne se voit-il pas tous les jours ?
Et comme, en dehors de ce péché de jeunesse, le maréchal de Chamilly, vaillant homme de guerre, n’a eu aucune faute grave à se reprocher, ses contemporains, Saint-Simon en tête, ont été d’accord pour lui rendre hommage : « C’était le meilleur homme du monde, le plus brave et le plus plein d’honneur. »
Voilà qui est dit à merveille ! Heureusement, pour venger la mémoire de Marianna, les femmes se sont liguées, et pas une lectrice n’a pardonné encore au marquis de Chamilly ses mensonges amoureux et sa coupable légèreté, — disons mieux : sa trahison !
Il faut lire avec attention ces lettres neuves et éloquentes, à cause de leur simplicité même. Que d’exquise tendresse, que de douleur profonde ; et aussi, comme au souvenir des douces heures — à jamais disparues, — la pauvre délaissée se ranime d’une façon touchante, oubliant soudain, pour un instant trop court, l’ingratitude, la perfidie de son amant !
Amour, regrets : voilà tout ce petit livre, — qui ne mourra pas, car il est imprégné d’un suave parfum de jeunesse, de passion et de larmes sincères.
Alexandre Piedagnel.