Je portais cette statuette de la Vierge suspendue à mon cou par un cordon que l’ourse qui avait déchiré tous mes habits, ne réussit pas à rompre. Ma ceinture et la bretelle de mon fusil furent déchirées, mais le cordon de la statuette resta intact et la très sainte Vierge me sauva.»
Tel fut le récit de François Monroe. J’ai demandé plus tard au P. Damiani s’il était vrai qu’il eût administré les sacrements à François Monroe après son combat avec l’ourse; il me répondit affirmativement.
XX.
Histoire d’un serpent.
A l’Est de la Réserve des Pieds-Noirs s’étendent d’immenses prairies, légèrement ondulées comme les vagues de la mer. A soixante milles environ s’élèvent trois collines appelées Collines de l’herbe douce. Trois guerriers Pieds-Noirs, au cours d’une chasse, s’approchèrent de la colline du milieu qui est la plus élevée. En gravissant la pente, ils rencontrèrent un sentier battu, mais sans aucune trace d’animaux. A mi-côte, ils entendirent un sifflement aigu et virent au sommet de la colline un grand serpent enroulé sur lui-même, la tête dressée au-dessus des anneaux. Cette tête ressemblait à celle d’un taureau avec de longues cornes; il dardait la langue en sifflant avec rage. Les Pieds-Noirs épouvantés s’écrièrent: Sauvons-nous. Mais l’un d’eux s’obstina follement à vouloir tuer le monstre et descendit de cheval. Les deux autres l’abandonnèrent et s’enfuirent précipitamment. Bientôt ils entendirent un coup de fusil et le bruissement du serpent qui s’élançait du haut de la colline. La fumée dissipée, leur compagnon avec son cheval avait disparu et ils virent le serpent seul remonter lentement vers la cime. Les Pieds-Noirs s’en retournèrent au camp en chantant l’hymne des morts et racontèrent comment leur camarade avait été englouti vivant par un serpent. Une centaine de guerriers se rendirent à la colline, et voyant le serpent la tête haute et menaçante, à un signal donné, ils tirèrent tous ensemble sur lui et s’enfuirent poursuivis par le monstre. A mi-côte cependant il s’arrêta et regagna le sommet. Les Pieds-Noirs revinrent à la charge. Pour la quatrième fois ils tirèrent: l’animal blessé s’abattit, frappant lourdement le sol de sa queue. Les Indiens continuèrent à tirer et au coucher du soleil la bête était morte. Plusieurs avaient envie de s’approcher, mais ils craignaient un malheur; cependant ils s’enhardirent jusqu’à passer en courant près du cadavre et redescendirent en toute hâte de la colline.
L’année suivante, quelques guerriers se trouvant dans ces parages, se dirent: Allons voir le serpent que nous avons tué l’an dernier. Ils gravirent la colline et virent le squelette immense du monstre et, dedans, le squelette de l’homme et du cheval. «Et la selle, demandai-je, ne l’avait-il pas aussi avalée?—Non, me répondit froidement un Indien, cet homme n’avait pas de selle, il montait à poil.»
XXI.
Serpents à sonnettes.
L’Etat du Montana et surtout la Réserve des Corbeaux abondent en serpents à sonnettes, dont la morsure est toujours mortelle. Ils ont plus d’un mètre de long et trois centimètres environ de diamètre; leur couleur est noirâtre avec des taches jaunes; ils portent à la queue leur sonnette, composée d’une dizaine d’anneaux très minces, s’emboîtant comme des vertèbres les uns dans les autres. Par les vibrations rapides de ces anneaux, ils produisent un son pareil à celui que font en volant certaines sauterelles. Pour mordre, ils enfoncent deux dents en forme de crochets et percées de haut en bas: à l’extrémité inférieure de ces crochets se trouvent deux vésicules pleines de venin mortel. Les dents ayant pénétré dans la chair de la victime, les vésicules projettent aussitôt leur liquide, qui, une fois entré dans la circulation du sang, fait son œuvre en quelques heures. Les douleurs sont très vives et l’enflure des membres immédiate; mais ce qui amène la mort, c’est une paralysie du cœur; aussi est-il nécessaire de tenir cet organe en mouvement jusqu’à ce que le venin soit éliminé. Il y a plusieurs remèdes, mais le principal, c’est l’eau-de-vie; prise en quantité suffisante, elle active la circulation, calme la souffrance et neutralise l’effet du poison.
Les serpents à sonnettes s’avancent par bonds proportionnés à leur longueur. Ils enroulent sur leur queue les deux tiers de leur corps; le reste avec la tête se dresse au-dessus des anneaux dont ils se servent comme d’un ressort pour s’élancer sur leur proie.