Le dimanche, dès l’aube, la cloche sonne l’Angelus et tous se préparent à venir à l’église; peu après, au second coup de cloche, ils viennent entendre la première messe, pendant laquelle ils récitent en commun les prières du matin, le Rosaire et chantent quelques cantiques dans leur langue. Beaucoup communient; et c’est chose émouvante de voir l’ordre, la modestie et le recueillement avec lequel ils s’approchent de la table sainte. Après la messe, les quelques assistants qui n’ont pas communié sortent de l’église, et les autres récitent en commun les prières d’action de grâces. A dix heures, on sonne la grand’messe et l’église se remplit de nouveau. Toute l’assemblée chante en chœur le Kyrie, le Gloria, le Sanctus, l’Agnus Dei, avec un cantique indien à l’Offertoire, à l’Elévation et à la Communion, et cela d’une voix si douce et si suave que les Blancs venus à la Mission, catholiques ou protestants, en sont émerveillés. Quelquefois les enfants chantent seuls, ce qui plaît infiniment aux parents. Après l’Evangile, le Père prêche en langue sauvage au milieu d’un profond silence. Si parfois il arrive qu’un nourrisson se mette à pleurer et que la mère ne se presse pas de l’emporter, un des chefs se lève et lui fait signe de sortir, comme cela se pratiquait dans l’Eglise primitive. La mère obéit aussitôt et ne rentre à l’église que quand le bambin s’est calmé.

A cette messe, quelque tardive qu’elle soit, communient tous ceux qui n’ont pu le faire à la première; et vers midi l’office se termine par la récitation de l’Angelus. Dans l’après-midi, on fait le catéchisme au peuple; puis on donne la bénédiction du S. Sacrement, pendant laquelle tous chantent en chœur l’O Salutaris, une hymne à la Ste Vierge et le Tantum ergo; ensuite a lieu une autre prédication en langue indienne, et la cérémonie s’achève par un cantique populaire.

VI.

Education de la jeunesse chez les Cœurs d’Alène.

Un mot maintenant des écoles indiennes. Les Pères Jésuites ont construit des collèges pour les garçons, et les religieuses des pensionnats pour les filles. Tous ces enfants étudient avec zèle, apprennent avec facilité et sont remarquablement dociles et disciplinés. Le petit sauvage, quelque grossier et arriéré qu’il soit à son entrée au collège, apprend en quelques mois à parler l’anglais; et après trois ou quatre ans, il sait lire et écrire en cette langue, connaît un peu d’histoire sacrée ou profane, les éléments de l’arithmétique et la géographie des deux hémisphères. Ces premières études terminées, on l’applique à quelque art ou métier, où généralement il réussit à merveille.

Les filles aussi sont intelligentes et éveillées. Lorsqu’elles ont appris la langue anglaise, l’histoire, la géographie et l’arithmétique comme leurs frères, on les forme aux travaux domestiques pour en faire de bonnes ménagères. Elles apprennent à coudre, à faire le pain, à filer, à tricoter, etc. Elles sont si habiles dans l’art de la broderie, que leurs travaux obtiennent les premiers prix dans toutes les expositions.

Tous les Cœurs d’Alène, hommes et femmes, jeunes et vieux, ont une aptitude étonnante pour la musique; ils ont de belles voix et l’oreille juste; ils connaissent les notes et exécutent avec facilité, en s’accompagnant sur l’orgue, toutes sortes de morceaux. Les jeunes gens montrent beaucoup de goût pour les beaux-arts: peinture, sculpture, dessin; et quant à la calligraphie, ils laissent loin derrière eux les enfants des Blancs. Leur langue, si barbare qu’elle paraisse, si âpre et si dure qu’en soit la prononciation à cause de ses consonnes doubles et de ses nombreuses gutturales, ne manque pas cependant d’une certaine beauté, grâce à la richesse de son vocabulaire et à la régularité de ses formes grammaticales. Par exemple, le verbe actif a non seulement des terminaisons différentes pour les première, seconde et troisième personnes, mais aussi pour exprimer les différents régimes: ainsi dans les expressions latines (1) feci te; je t’ai fait, (2) feci illum, je l’ai fait, (3) feci vos, je vous ai faits, (4) feci illos, je les ai faits, le mot feci a les quatre inflexions différentes: (1) Kolinzin, (2) Kolin, (3) Kolitlemen, (4) Koolin. Il en est de même pour les temps du présent et du futur.

Si, à ces terminaisons déjà nombreuses, on ajoute les composés, les dérivés, tous les adverbes, affixes, suffixes qui modifient le verbe et changent les flexions de personnes, de nombre, de temps et de modes, le verbe Kolin (faire) compte plus de mille désinences différentes; et il en est de même pour les autres verbes actifs.

Il est difficile d’expliquer comment une nation sauvage, sans aucune connaissance de l’écriture, a pu conserver une langue aussi riche et de formes aussi variées. Nous laissons aux linguistes le soin de déterminer l’origine et la famille de cette langue.

VII.