«Comment, dit le Père, vous ici?—Eh quoi! répondit ingénûment l’Indienne, ne m’avez-vous pas dit hier soir de venir à l’église recevoir la sainte communion pendant la messe? et me voici.—Mais, vous qui hier soir étiez mourante, comment avez-vous pu venir à l’église?—Vous me l’aviez commandé, et je devais obéir.»

La malade était parfaitement guérie. Le Père célébra la messe, admirant la foi de cette pauvre femme et la fidélité de Notre-Seigneur envers ceux qui ont confiance en ses promesses.

IV.

Civilisation des Cœurs d’Alène.

Un des résultats les plus précieux de la civilisation chrétienne parmi les Cœurs d’Alène fut de leur inspirer l’amour du travail et de l’agriculture. Cet art était complètement ignoré ou du moins fort peu apprécié des sauvages avant l’arrivée des missionnaires; n’ayant aucune demeure fixe et passant une bonne partie de l’année à chasser le buffalo, ils ne trouvaient pas le temps de cultiver la terre. Maintenant il n’en est pas un qui ne cultive un champ de blé, un petit potager et qui ne possède son petit troupeau de chevaux et de vaches; à la disette a succédé l’abondance, et par la vente du superflu, ils se procurent auprès des Blancs des vêtements, des armes, des outils et tout ce dont ils ont besoin. Ils reconnaissent qu’ils doivent cette prospérité aux missionnaires et ne manquent aucune occasion de leur témoigner leur gratitude.

Lorsque l’archevêque, Mgr Seghers, visita les Cœurs d’Alène, le grand Chef André Seltis, dans une harangue adressée au prélat en présence des principaux personnages de la tribu, dit entre autres choses: «Nous sommes redevables de ce que nous possédons au travail de nos mains, mais ces mains, qui nous les a données?—C’est Kolinzuten, c’est-à-dire Dieu.—Et qui les a rendues actives et industrieuses, sinon la Robe Noire? Le gouvernement de Washington ne nous a donné que des paroles, tandis que la Robe Noire, sans tant de phrases, nous à comblés de tous les biens, tant du corps que de l’âme. Soyons donc reconnaissants à la Robe Noire, à l’archevêque chef des Robes Noires, au Pape chef des évêques, et à Dieu le Grand Chef de tout l’univers.»

L’art de bâtir fait aussi de grands progrès dans la tribu. On y a construit récemment un beau pensionnat pour les jeunes filles, une maison pour les Sœurs, une église et un collège pour les jeunes gens, chacun ayant contribué à ces constructions selon son pouvoir. Autour de l’église on a élevé des maisons simples, mais propres, qui forment maintenant un joli village. Les Indiens n’y habitent point pendant la semaine; car la plupart d’entre eux demeurent sur leurs terres et n’y viennent que le dimanche et les principales fêtes. C’est un plaisir de les voir accourir de toutes parts le samedi soir au village, à pied, à cheval ou en voiture. Arrivés chez eux, après avoir mis la maison en ordre, les femmes vont se confesser et les hommes s’occupent de leurs affaires. Au coucher du soleil, la cloche sonne, et aussitôt, quittant toute autre occupation, tous se rendent à l’église.

V.

Piété des Cœurs d’Alène.

Le village reste désert, l’église se remplit de fidèles qui accourent aux offices. On récite d’abord en commun les prières du soir, puis tous chantent avec une parfaite harmonie les Litanies de la Sainte Vierge, suivies de la récitation du catéchisme: ensuite ils écoutent l’instruction du missionnaire, et après l’Angelus, les femmes se retirent et les hommes s’approchent du tribunal de la pénitence.