—Je n'ai que faire de vos conseils, interrompit-il, et le seul service que vous puissiez me rendre est de me délivrer de votre sotte présence.
—Qu'à cela ne tienne, tout est pour le mieux,» répondit en souriant M. Taconet.
Et, jetant sa serviette sur la table, il sortit.
Nous avons le regret de dire que son départ soulagea tout le monde, y compris le petit Lestoc, qui s'écria:
«Décidément cet homme est un gêneur.»
Quant à M. Drommel, il jura par la synthèse universelle et par la gymnastique allemande qu'il retrouverait ce croquant, ce bélître, et lui ferait payer cher ses insolences.
«Eh quoi! mon cher ami, lui dit le prince, irez-vous vous commettre avec une espèce? car il est une espèce, cet homme, et un esprit tout à fait subalterne. Je vous l'ai déjà dit, la police en France elle n'a aucune éducation. Et puis, le combat serait trop inégal. Je vous ai vu à l'oeuvre cette après-midi. Dieu! quel gymnaste, quels poignets et quel équilibriste! Ma parole d'honneur, les rochers ils avaient peur de vous, ils ne pouvaient vous regarder sans frémir, et ils frémissent encore.»
Il raconta à Mme Drommel les prouesses par lesquelles s'était illustré son mari en revenant de Fontainebleau. Il les célébra en si bons termes que le héros de l'aventure, chatouillé dans son amour-propre, finit par se dérider.
«M. Drommel, je n'ai qu'un reproche à lui faire, poursuivit le prince; il n'admire pas assez la forêt, et pourtant elle est une belle chose la forêt. S'il la voyait par la lune!... Mais savez-vous quoi? La nuit elle est douce, elle est tiède, et la lune elle éclaire. Que diriez-vous si nous irions souper à Franchard? Le vin d'Aï, vous savez qu'il est bon, et j'ai dans mon armoire un pâté de perdreaux truffés qu'il attendait une occasion... O mon cher ami, vous ne direz plus que la forêt on l'a surfaite, quand vous l'aurez vue par la lune.»
La proposition fut goûtée comme elle le méritait. Les forêts et la lune ne révélant toutes leurs beautés qu'aux piétons, il fut convenu que M. Drommel et le prince feraient une partie de la route à pied, que Mme Drommel irait les rejoindre en voiture dans les gorges d'Apremont, emportant avec elle les bouteilles et le pâté, et que de là on s'acheminerait de compagnie sur Franchard.