Le marquis se leva brusquement, en s'écriant:
«Horace, mon héritier et mon petit-neveu, viens dans mes bras!»
Et comme Horace, immobile, le regardait d'un air interdit:
«Faut-il te le répéter? Viens dans mes bras, continua-t-il, je suis content de toi. Vrai, ta passion me rajeunit. J'aime la jeunesse, l'amour et la candeur. Je croyais que tu n'avais pour cette femme qu'une fantaisie, un caprice de tête, je vois que ton coeur est pris, et on ne peut mieux faire que d'écouter la voix de son coeur. Pardonne-moi mes sottes questions et mes objections impertinentes. Ce que j'en ai dit, c'était pour l'acquit de ma conscience. Ta mère m'avait fait ma leçon, je l'ai répétée comme un perroquet. Il ne faut pas leur en vouloir à ces pauvres mères; leurs scrupules sont toujours respectables. La tienne...
—Oh! vous touchez là à l'endroit sensible et douloureux, interrompit le jeune homme. Mais je saurai bien la ramener, je lui écrirai dès demain.
—Encore un coup, n'écris pas; ta prose n'a pas le don de lui plaire. Mais elle a beaucoup de confiance en moi. Ma parole aura du poids. Mon fils, me voilà tout prêt à passer à l'ennemi; si l'aimable femme qui demeure ici près est vraiment ce que tu dis, je serai ton avocat auprès de ta mère, et nous lui ferons entendre raison. Veux-tu me présenter à Mme Corneuil! Je lui tâterai le pouls, et je te promets...
—Êtes-vous bien sincère, mon oncle? lui demanda Horace, en le regardant d'un air de défiance et de défi. Puis-je compter sur votre parfaite loyauté? Vous ne chercherez pas?...
—Foi d'oncle et de gentilhomme! interrompit à son tour le marquis.
—En ce cas, embrassons-nous, et cette fois sera la bonne,» répondit Horace, en prenant la main qu'il lui tendait.
L'oncle et le neveu restèrent quelque temps encore à causer comme de bons amis. Il était près de minuit, quand M. de Miraval se souvint que sa voiture l'attendait sur le chemin pour le ramener à son hôtel. Il se leva et dit à Horace: