—Très providentielle,» dit le marquis.
Et il ajouta in petto:
«La vraie providence est l'habileté des mères.»
Puis il reprit:
«De quoi s'agit-il après tout? D'être heureux. Mon neveu a mille fois bien fait de ne consulter que son coeur. Il aura l'azur, comme vous dites, chère madame, et tout le reste par-dessus le marché; car Mme Corneuil... Ne parlons pas de sa beauté, qui est incomparable, mais il est impossible de la voir, de l'entendre sans reconnaître en elle une femme vraiment supérieure, la plus propre du monde à bien conseiller un homme, à le conduire, à le pousser.
—Certes vous la jugez bien, répondit Mme Véretz. C'est une étrange créature que ma fille; elle a tous les nobles enthousiasmes, qu'elle pousse jusqu'à l'exaltation, et cependant elle est infiniment raisonnable, très intelligente des choses de la vie, et à la fois de glace pour ses intérêts, de feu pour ceux des autres.
—Une seule chose m'afflige, lui dit le marquis. Le fabuliste recommande aux heureux amants de ne voyager qu'aux rives prochaines, et les nôtres iront enfouir leur félicité à Memphis ou à Thèbes. Enlever Mme Corneuil à Paris, c'est un crime.
—Oh! rassurez-vous, dit-elle, Paris les reverra.
—Vous ne connaissez pas mon neveu: il a horreur de cette ville perverse et frivole. Il m'a fait hier ses confidences, il entend finir ses jours en Égypte, et il m'a soutenu que Mme Corneuil était aussi amoureuse que lui de la solitude et du silence des Thébaïdes. Il a l'air fort doux, personne n'est plus tenace dans ses volontés.
—A la garde de Dieu! fit Mme Véretz, en regardant le marquis d'un air qui voulait dire:—Mon bel ami, il n'y a pas de volonté qui tienne contre la nôtre, et Paris ne peut pas plus se passer de nous que nous de Paris.