Et là-dessus il s'éloigna comme un homme qui se sauve, en défendant à son neveu de le reconduire. On croira sans peine qu'après son départ il fut beaucoup parlé de lui. Tout le monde s'accorda à dire que sa conduite était étrange; mais Mme Véretz déclara qu'il lui paraissait plus charmant encore que singulier. Mme Corneuil le trouvait plus singulier que charmant. Quant à Horace, il expliqua ce qu'il y avait eu d'un peu bizarre dans son attitude par des inégalités de santé ou par un caprice d'humeur, que son âge rendait excusable. Il avoua du reste qu'il ne l'avait jamais vu ainsi, qu'il l'avait toujours connu bon vivant, alerte, sûr de sa mémoire, dégourdi et se faisant tout à tous.

«Il y a là un mystère que vous aurez soin d'éclaircir,» lui dit Mme Corneuil.

Et comme, ayant regardé sa montre, il se disposait à se retirer:

«A propos, grand paresseux, lui dit-elle, quand donc me lirez-vous ce fameux quatrième chapitre de votre Histoire des Hycsos? N'allez pas oublier que nous devons le lire un soir et faire à minuit un souper fin en son honneur. Nous le commanderons à Paris, ce souper. Ne sera-ce pas délicieux?»

A l'idée de cette petite fête intime en l'honneur d'Apépi, le coeur d'Horace tressaillit d'aise, et sa prunelle s'alluma.

«Je ne veux rien vous lire qui ne soit digne de vous. Accordez-moi dix jours encore.

—Dix jours, c'est un siècle! fit-elle. Mais au moins soyez de parole, ou je me brouille avec vous.»

Il s'éloignait, elle ajouta:

«Quand vous reverrez M. de Miraval, soyez défiant, mais soyez adroit.»

«Lui, adroit! s'écria Mme Véretz, lorsqu'elle fut seule avec sa fille. Ordonne-lui plutôt de traverser le grand lac à la nage.