—Est-ce encore une épigramme? dit Mme Corneuil avec humeur.

—Puisque je l'adore tel qu'il est, lui répondit sa mère, peut-on m'en demander davantage? Quant à M. de Miraval, tu as tort de t'en inquiéter. M'est idée qu'il nous est tout acquis.

—Ce n'est pas la mienne, répliqua-t-elle.

—En tout cas, ma chère, il faut le traiter avec beaucoup de ménagement, car je sais de source certaine...

—Vous allez m'apprendre, interrompit d'un ton dédaigneux Mme Corneuil, qu'il a deux cent mille livres de rente et qu'Horace est son héritier. Ces misérables bagatelles sont pour vous des affaires d'État.»

Et aussitôt après, elle lui dit:

«Demandez donc à Horace d'inviter le marquis à venir au premier jour déjeuner avec nous.»

IV

Le lendemain, dans l'après-midi, le comte de Penneville se rendit à l'hôtel Gibbon, dans l'espérance d'y voir son oncle; il ne l'y trouva pas. Il lui laissa sa carte avec un mot pour lui témoigner son regret d'avoir fait une course inutile et lui annoncer que Mme Véretz et sa fille invitaient le marquis de Miraval à venir déjeuner avec elles le jour suivant. Le marquis lui fit porter sa réponse dans la soirée; il s'y plaignait d'être indisposé, priait son neveu de l'excuser auprès de ces dames, dont l'attention le touchait infiniment. Inquiet de la santé de son oncle, Horace sortit dans la matinée, contrairement à toutes ses habitudes, pour aller prendre de ses nouvelles. Cette fois encore, le nid était vide, et le comte eut tout ensemble le chagrin d'avoir perdu ses pas et le plaisir d'en conclure que le malade se portait bien.

Pressé par Mme Corneuil, il lui écrivit pour lui transmettre une nouvelle invitation à déjeuner. Le marquis lui fit répondre par un exprès qu'il venait de se décider à repartir à l'instant pour Paris, qu'il était fort chagriné de n'avoir pas même le temps de lui faire ses adieux.