—Le titre serait peut-être un peu long, dit-elle. Bah! quand nous composerons notre affiche, nous aviserons.»
Là-dessus il la quitta; mais il se dit en rentrant chez lui:
«C'est égal, je trouverai tôt ou tard un moment pour en parler à Hortense.»
V
Il était près de dix heures du soir. La mère et la fille étaient seules dans leur salon. Mme Véretz brodait au tambour. Mme Corneuil rêvait, enfoncée dans une causeuse; comme elle ne méditait pas, il était permis de parler.
«C'est donc demain le grand jour, lui dit sa mère, en levant le nez de dessus de son ouvrage.
—Que voulez-vous dire?
—M. de Penneville est accouché de ce soir, à terme ou avant terme, je ne sais. Ce qui est certain, c'est que demain nous avalerons l'enfant. Il m'a certifié que son manuscrit se composait de soixante-treize feuillets, ni plus ni moins; tu sais qu'ils sont de conséquence, ses feuillets. Deux heures d'horloge, nous ne nous en tirerons pas à moins. Ce diable d'homme a la voix si claire, si retentissante, qu'on entend sans écouter; bon gré, mal gré, les oreilles s'imprègnent. Tu es une heureuse femme, ma chère; M. de Miraval l'a dit, tu as le talent de dormir sans en avoir l'air.
—Voilà une plaisanterie d'un goût douteux, riposta Mme Corneuil avec hauteur.
—Je ne t'en fais pas un crime, on se défend comme on peut contre Apépi; chacun s'arrange à sa manière pour ne pas recevoir la pluie... Mon Dieu! ce cher garçon peut avoir des travers, cela n'empêche pas qu'il n'ait un coeur excellent et le reste; cela ne l'empêche pas non plus d'être adoré.