—Vous avez raison, je finirai par me fâcher sérieusement,» répliqua Mme Corneuil, qui alluma une bougie pour se retirer dans sa chambre.

Elle allait sortir, elle s'approcha d'une fenêtre, contempla un instant la voûte étoilée, comme pour y chercher une inspiration. Puis elle dit à sa mère d'un ton résolu et solennel:

«Soyez certaine que je ne consulterai que mon coeur. Si vous vous méprenez sur mes sentiments, je me réserve le droit de vous désavouer.»

Mme Véretz l'embrassa de nouveau, en lui disant:

«Tu es un vrai roi de Prusse, toi; tu parles de ton coeur, de ta conscience; tu laisses faire en te réservant de désavouer. Allons, je serai ton Bismarck.»

Et, à ces mots, elle reconduisit son ange adoré jusqu'à la porte du lieu très saint.

Le lendemain, il tomba dans les premières heures de la matinée une petite pluie fine, qui mouillait; cependant le marquis ne rendit pas visite à son neveu, ce qui affligea fort Mme Véretz; peut-être s'était-elle promis de l'arrêter, de s'emparer de lui au passage. Dans l'après-midi, le temps s'éleva, et elle proposa à sa fille de sortir avec elle en calèche. Horace ne les accompagna pas; il tenait à revoir une fois encore son manuscrit, pour que le soir il n'y eût pas d'accroc dans sa lecture; il estimait que la mariée ne serait jamais assez belle.

Comme ces dames revenaient de leur promenade en longeant la belle esplanade de Montbenon, qui commande une vue admirable sur le lac et les Alpes, Mme Véretz, dont les yeux de furet voyaient tout, aperçut par la portière le marquis mélancoliquement assis sur un banc solitaire. Elle descendit lestement de voiture et pria sa fille de retourner au logis toute seule. Quelques minutes après, sans faire semblant de rien, elle passait à dix pas devant le marquis et poussait un petit cri de joyeuse surprise. M. de Miraval s'aperçut qu'entre les Alpes et lui il y avait un chignon du plus beau rouge; il aimait mieux les cheveux blonds, mais il prit galamment son parti.

«Bénie soit Sa Majesté le Hasard! s'écria Mme Véretz. Vous êtes mon prisonnier, monsieur la marquis; rendez-vous à discrétion.»

Il lui offrit son bras, en lui disant: