«L'Allemagne, dit-il, est encore gouvernée par les vieux préjugés, mais elle commence à en revenir, et c'est elle qui donnera le signal de la grande émancipation.

—Le grand Courbet, répondit Lestoc, me fit jadis l'insigne honneur de grimper à mon atelier pour y voir mon premier tableau qui, soit dit entre nous, était un assez vilain barbouillage.—Jeune homme, me dit-il en posant sur ma tête cette puissante main qui plus tard déboulonna la colonne, votre tableau me plaît, c'est beau comme le Titien.—Je ne savais où me mettre, je fis le plongeon, je fus tenté de lui crier:—Homme de génie, viens sur mon coeur. Par malheur, il reprit:—Oh! mais Titien, ce n'est pas encore cela.

—Non, l'Allemagne n'est pas encore cela, repartit M. Drommel, mais elle y viendra; nous en sommes au crépuscule, demain le soleil se lèvera. Les Allemands se distinguent entre tous les peuples par le génie du réalisme, par le sentiment de la synthèse.»

Et il ajouta en dévorant une cinquième alouette:

«Ne vous y trompez pas, c'est la synthèse germanique qui a vaincu à Sedan.»

M. Taconet portait son verre à sa bouche; il le laissa retomber sur la table si violemment qu'il faillit le briser, et ses yeux bruns jetèrent un éclair. Il se calma aussitôt et se contenta de murmurer:

«Patience! répondit Panurge.

—A propos, pendant que nous y sommes, qu'allons-nous faire de la famille? demanda encore Lestoc.

—Je ne la détruis pas, je la perfectionne, en faisant élever et nourrir tous les enfants par l'État.

—Et le mariage, l'abolissons-nous?