—Le mariage, mon cher enfant, est le plus absurde de tous les préjugés, le plus grand attentat à la liberté de l'homme et de la femme. Je le remplace par l'amour libre.

—C'est entendu; comme la propriété, nous faisons circuler la femme.

—Sera-t-il permis d'en avoir plusieurs? demanda à son tour M. Taconet.

—Vous prenez toujours ma pensée de travers, lui dit aigrement M. Drommel. L'amour est essentiellement monogame, et la seule polygamie qui soit conforme à la nature est la polygamie successive. L'homme n'a pas le droit de disposer pour l'éternité de sa personne qui est sacrée et de sa volonté qui est changeante. La loi ne reconnaît plus les voeux perpétuels des moines, le législateur de l'avenir ne reconnaîtra pas les voeux du mariage, et inscrira en tête de sa constitution le grand principe des affinités électives. Tout est chimie dans l'homme.

—Parfait! dit M. Taconet. Z a de l'affinité pour la femme de X comme pour son champ, nous lui donnons le champ et la femme.

—Et qui vous dit, répliqua M. Drommel, que la femme de Z n'ait pas de l'affinité pour X? Voilà un échange qui fera d'un coup quatre heureux.

—Échange-t-on quelquefois les femmes en Allemagne? dit le petit Lestoc.

—Cela s'est vu, et tout le monde s'en est bien trouvé.

Omnis clocha clochabilis, s'écria M. Taconet, et c'est une belle chose que d'être clerc jusqu'aux dents en matière de bréviaire.

—Je m'en tiendrai toujours à celui de ma tante Dorothée, fit Lestoc. C'était un jour, sous le grand poirier. Je me souviens que ce jour-là elle avait un caraco couleur chocolat et une cornette à longues barbes.—Henri, me dit-elle, ne le fais jamais aux autres, si tu veux qu'on ne te le fasse jamais.—Et, pour qu'il m'en souvînt, elle m'appliqua un grand soufflet sur la joue droite; c'était sa façon de graver fortement les choses dans ma mémoire... Il en est résulté que je ne l'ai jamais fait aux autres.