—Eh quoi! joli garçon, s'écria M. Drommel, serait-il vrai?...
—C'est la pure vérité, et voilà un sacrifice qui ne me coûte guère. Je n'ai jamais été amoureux, moi qui vous parle. Il faut vous dire que j'appartiens à l'école du plein air, et l'école du plein air a pour principe que le milieu est tout, que la femme n'est qu'une tache. Entrez dans ma pensée. Je fais mon paysage, n'est-ce pas?... en commençant par le ciel, car il faut toujours commencer par le ciel. Mon tableau fini, je le trouve admirable, mais je découvre qu'il y manque une tache ou deux taches, l'une rose, l'autre bleue ou jaune paille, la couleur ne fait rien à l'affaire. Je fouille dans mes souvenirs, j'y trouve une femme jaune paille ou bien je la vois passer dans la rue et je la prie de monter, en lui disant:—Madame, vous êtes nécessaire à mon bonheur, vous êtes la tache que je cherche.
—Sans calembour! dit M. Taconet.
—Je suis si bête que je ne les comprends pas, et l'amour non plus, je ne l'ai jamais compris. L'amour, c'est le vieux jeu, c'est bon pour les peintres d'intérieur; mais qu'en pourrions-nous bien faire, nous autres de l'école du plein air? Eh! que diable, est-on amoureux d'une tache?»
M. Drommel le regardait avec une admiration mêlée de stupeur.
«Il serait donc vrai, joli garçon, que jamais?...
—Jamais, interrompit-il. D'ailleurs je suis trop occupé.
—Sauf les dimanches et jours de fête, dit M. Taconet.
—Jamais, vous dis-je, au grand jamais, et je ne permets à personne d'en douter. Il se peut que dans trente ans d'ici, sur mes vieux jours... Ce sera la preuve que je serai ramolli.
—Il est vraiment prodigieux! dit M. Drommel au prince de Malaserra.