—Un sourire de ma chère petite sœur! répliqua Mme Sauvigny. La belle caution! la belle garantie!

—Vous ne l'aimez donc plus?

—Je l'aime tous les jours davantage.

—Mais vous croyez que je lui déplais?

—Je crois que vous êtes de tous les hommes celui qui lui déplaît le moins; je crois aussi qu'il faudra l'aller chercher avec la croix et la bannière pour la réconcilier avec le mariage, qui de toutes les chaînes est à ses yeux la plus lourde et la plus humiliante.

—Je me charge de la lui faire aimer; je la lui rendrai si légère! Que dis-je, c'est moi qui la porterai. Vous me tenez, n'est-ce pas? pour un très bon garçon, d'humeur commode. Ah! par exemple, il est des points sur lesquels je suis intraitable; mais dans le détail de la vie, et après tout la vie se compose de détails, je serai très doux, très facile, très complaisant, c'est dans ses yeux que je chercherai ma volonté.... Faites venir cette Diane, qui méprise les hommes; vous lui expliquerez en ma présence que je ne suis plus un homme, qu'elle m'a réduit à l'état de bête, que je serai son caniche, qu'elle me mènera en laisse, qu'elle m'aura à sa merci, que je suis un de ces toutous qui lèchent la main qui les frappe.

—Et si elle commande à Azor de brûler ses livres de mathématiques?

—Azor les brûlera tous jusqu'au dernier. Le calcul infinitésimal a toujours été ma consolation. Si j'épouse cette divine et exécrable créature, de quoi me servira-t-il? La joie où je serai de la posséder à jamais me consolera suffisamment de tous les déplaisirs qu'il lui plaira de me donner.... Faites-la appeler, madame. Vous lui direz que je suis venu vous demander sa main; je ne peux plus attendre; qu'elle ordonne de mon sort!

—Malheureux, vous êtes fou, lui repartit Mme Sauvigny; vous jouez à tout perdre. Vous m'aviez priée, il y a quelque temps, de vous venir en aide, et je vous avais répondu: «C'est à vous de la persuader!» Je me ravise; vous êtes un de ces fiers maladroits; une de ces têtes chaudes qui prétendent brusquer les places qu'il faut assiéger en forme. Confiez-moi le soin de vos intérêts; mais j'exige que vous soyez très sage, très docile. Convenons de nos faits.

—Commandez, vous serez obéie.