Puis le prenant par le bras pour l'emmener à l'écart: "Je tiens de Meg, ajouta-t-il, qu'après avoir entonné vos louanges, ma mère vous a voué une effroyable aversion; peut-on en savoir la cause?"

Raymond fit quelques difficultés de lui donner cet éclaircissement; enfin, cédant à son insistance: "En deux mots, dit-il, lady Rovel m'a prié de la conduire à la Mecque, et j'ai refusé.

—Mauvaise affaire! s'écria William Rovel. Il est clair que, si vous allez en Arabie, vous n'épouserez pas Meg; il est clair aussi que, si vous n'y allez pas, on ne permettra jamais à Meg de vous épouser. J'avais raison d'affirmer que le cas est grave."

Dans ce moment, de grands coups furent frappés à la porte du jardin. William courut ouvrir, et l'hôtelier parut tenant à la main une dépêche, qu'un courrier à cheval venait d'apporter d'Evian. Elle était adressée à M. Raymond Ferray, qui était prié de la remettre le plus tôt possible à miss Rovel, ce qu'il s'empressa de faire. Elle contenait ce qui suit:

"Meg, votre étourderie est inqualifiable et justifie toutes mes inquiétudes. Je ne me trompe jamais, j'avais deviné que vous n'auriez pas de repos que vous ne fussiez gravement compromise. J'avais deviné aussi que votre tuteur est un pauvre hère, veuillez le lui répéter de ma part. M. Glover, que vous avez vu à Gersau, veut bien m'assister de ses conseils; il m'exhorte à user d'indulgence envers vous. Je partirai dans un quart d'heure avec ce digne missionnaire, qui sera désormais l'oracle de ma maison et dont j'entends que les décisions vous soient sacrées. Venez à notre rencontre avec M. Gordon; si cet olibrius est un garçon présentable, peut-être cette ridicule affaire pourra-t-elle s'arranger. M. Glover en décidera."

"Qui est le révérend M. Glover? demanda William Rovel; il me paraît être le nouveau saint du calendrier."

Meg put satisfaire sa curiosité; elle n'avait pas oublié la scène qui s'était passée à Gersau. Il parut fort édifié de son explication, et aussitôt il engagea Raymond à repartir pour l'Ermitage avec sa pupille: "Je prends tout sur moi, leur dit-il, mais j'entends agir seul."

Après quelques dits et contredits, Raymond lui donna son blanc-seing, et William Rovel, s'étant procuré un cheval de louage qui ne payait pas de mine, s'achemina sur Evian au grand trot. Il n'avait pas fait une demi-lieue quand il vit venir à lui une calèche découverte, laquelle contenait deux personnes. Quoique le jour baissât, il s'avisa de loin que l'une de ces personnes était lady Rovel, et l'autre tout le portrait d'un missionnaire wesleyen.

De son côté, lady Rovel avait reconnu son fils. Elle fit un geste d'étonnement, et ordonnant à son cocher d'arrêter, à demi couchée dans sa voiture, son fils à la portière, droit en selle comme un piquet, ils eurent ensemble en anglais l'entretien décisif que voici:

"C'est bien vous, William? ne vous avais-je pas défendu de vous représenter devant moi?