I. Il voulut la bataille, et il eut raison. Il comprit qu'au début d'un règne, devant une coalition formidable, dans l'ébranlement de toutes nos alliances, Rocroi débloqué ne suffisait pas, ne remédiait à rien, et que tôt ou tard il en fallait venir à une affaire sérieuse.
II. Or, voulant la bataille, il la devait vouloir prompte, pour ne pas donner à Beck le temps d'arriver.
III. Dans la bataille, la fameuse manœuvre réussit, parce que l'attaque fut faite sur le point convenable, sur la partie de l'armée ennemie qui, composée d'un ramassis de troupes étrangères, ne devait pas faire grande résistance.
IV. Il ne faut pas oublier l'ordre donné à Sirot d'engager tout le corps de réserve et de rétablir le combat à tout prix, ce qui est juste l'opposé de la conduite de Mélos à l'égard de sa réserve.
Ainsi que nous l'avons dit, toutes ces résolutions audacieuses sont des calculs que la raison la plus solide justifie, mais hâtons-nous d'ajouter qu'elle ne suffirait point à les inspirer. Il faut ici avec une raison forte une âme d'une trempe particulière, capable sans doute de saisir nettement le nœud d'une affaire mais bien décidée à le trancher à tout prix, comme César à Munda et Bonaparte à Arcole. C'est surtout à la guerre que les grandes pensées viennent du cœur.
On dit, et nous le croyons aisément, que Condé aimait sa victoire de Rocroi de préférence à toutes les autres. C'est là en effet qu'il se découvrit en quelque sorte lui-même, qu'il trouva sa manière de faire la guerre, et put entrevoir toute sa carrière à vingt-deux ans. Et puis, y a-t-il rien de comparable aux premiers rayons de la gloire? Ils sont presque aussi doux que les premiers feux de l'amour. Qu'est-ce donc lorsqu'ils se rencontrent ensemble! Rocroi et Mlle Du Vigean ont dû être jusqu'à la fin de sa vie les deux plus grands souvenirs de Condé.
III
LETTRES NOUVELLES DE MADAME DE LONGUEVILLE
Nous avons publié dans le texte diverses lettres et écrits de Mme de Longueville qui n'avaient jamais vu le jour: dans le chapitre Ier, un billet à la mère Agnès, de l'année 1637 ou 1638; dans le chapitre IIe, deux pièces de vers; dans l'Appendice, la déposition sur la mère Madeleine de Saint-Joseph, qui est de l'année 1647. Nous joignons ici quelques autres billets qui épuisent la très petite collection de lettres que nous avons pu rassembler de Mme de Longueville jusqu'à la Fronde.
Ce premier billet est comme la suite de celui que nous avons donné dans le chapitre Ier. Il est aussi adressé à la mère Agnès, et nous le devons, ainsi que l'autre, aux dames Carmélites:
«A ma sœur Agnès.