«Ma très chère sœur, je vous écris ce petit mot pour vous supplier de m'envoyer un petit morceau de linge qui a trempé dans le sang de notre bienheureuse mère. Il m'est venu pensée d'en mettre sur la tête de ce pauvre garçon qui est malade. Je pense que le Picart vous a dit qui c'est. Il a entièrement perdu le jugement, et il mourra peut-être sans confession si Dieu ne l'assiste. Je voudrois bien que notre bienheureuse mère lui fît revenir la raison jusqu'à ce qu'il fût confessé.

Je n'ai dit à personne que j'avois le dessein d'envoyer querir ce linge. S'il fait l'effet que je désire, je le dirai. Mais si Dieu ne fait point ce miracle par l'intercession de notre bienheureuse mère, je n'en parlerai point. Dites-le, s'il vous plaît, à notre mère, et croyez que je suis, ma très chère sœur, votre très humble sœur et servante.

Mandez-moi quand le tableau de notre bienheureuse mère sera fait.»

Nous avons dit, chap. IIe, que pendant toute sa jeunesse, Mme de Longueville montra les plus grands égards pour Esprit, de l'Académie française, et qu'elle le recommanda à Mazarin pour un bénéfice. Voici ce billet de recommandation[622]:

«13 octobre 1645[623].

«Monsieur,

«Ayant appris que vous êtes sur le point de faire la distribution des bénéfices, encore que je ne doute point que vous n'ayez assez de bonté pour vous souvenir en ce rencontre de la supplication que je vous ai faite pour M. Esprit, je ne laisse pourtant pas de vous supplier encore de ne le pas oublier, et de croire que je vous en serai intimement obligée. Je suis honteuse de vous importuner encore d'une chose de laquelle je vous ai déjà parlé; mais la confiance que j'ai en votre bonté me fait prendre plus aisément cette liberté. Je suis, Monsieur, votre très humble et obéissante servante,

Anne de Bourbon.»

Nous trouvons parmi les Lettres françoises de Mazarin, Bibliothèque Mazarine, la réponse de Mazarin, fol. 459:

«Octobre 1645.