« Les cochers de Vienne sont renommés pour leur habileté à conduire, mais ils sont généralement grossiers, et cherchent volontiers à mettre dedans l’étranger (hum !). Aussi fera-t-on bien de convenir du prix à l’avance (Il est bien temps !). En cas de contestation, il ne faut pas craindre de les conduire au bureau de police, Tuchlauben, 4 (Diable !). » Suivait le tarif : tant pour les confortables, tant pour les fiacres, tant pour l’intérieur des lignes, tant pour l’extérieur. On s’y perd.

J’achevais de m’instruire tant bien que mal, juste au moment où la voiture débouchait devant la porte de l’hôtel, vis-à-vis la gare du Nord, qui, avec ses grosses tours massives, ressemble à une forteresse féodale, et j’avais cru comprendre que je devais un florin, ce qui me semblait un peu cher ; mais à Vienne et en temps d’Exposition, il faut se résigner aux sacrifices.

« Payez le cocher, dis-je au garçon, en lui donnant un florin et vingt kreutzers.

— Monsieur, si vous l’avez pris à une gare, vous lui devez deux florins, cinquante kreutzers. En outre, il y a les colis et le pourboire. »

Mon superbe cocher était descendu ; et, tout en achevant son cigare couronné d’une pyramide de cendre blanche, tendait discrètement la main. Je sentis qu’il fallait payer sans discussion ma première école, et j’y déposai d’abord un thaler (3 fr. 75), puis un florin (le florin d’Autriche est de 2 fr. 50). La main ne se retira pas. J’ajoutai un demi-florin : la main restait toujours tendue, mais le garçon me protégea :

« C’est bien maintenant, me souffla-t-il à l’oreille. »

Et le cocher remonta sur son siége, sans compromettre sa dignité par le moindre remercîment.

« On me disait à la gare, fis-je au portier, que votre hôtel était fermé.

— Quelle calomnie, Monsieur. Fermé ! et pourquoi ? Parce qu’un voyageur est arrivé de Prague, l’autre soir, déjà malade, et s’est mis à boire coup sur coup deux carafes d’eau. Il est mort dans la nuit, c’est vrai ; mais à qui la faute ?

— A lui, évidemment.