M. VICTOR HUGO, reprenant.—J'avais dix-neuf ans; je publiai un volume en vers. Louis XVIII, qui etait un roi lettre, vous le savez, le lut et m'envoya une pension de deux mille francs. Cet acte fut spontane de la part du roi, je le dis a son honneur et au mien; je recus cette pension sans l'avoir demandee. La lettre que vous avez dans les mains, monsieur de Falloux, le prouve. (M. de Falloux fait un signe d'assentiment.—Mouvement a droite.)

M. DE LAROCHEJAQUELEIN.—C'est tres bien, monsieur Victor Hugo!

M. VICTOR HUGO.—Plus tard, quelques annees apres, Charles X regnait, je fis une piece de theatre, Marion de Lorme; la censure interdit la piece, j'allai trouver le roi, je lui demandai de laisser jouer ma piece, il me recut avec bonte, mais refusa de lever l'interdit. Le lendemain, rentre chez moi, je recus de la part du roi l'avis que, pour me dedommager de cet interdit, ma pension etait elevee de deux mille francs a six mille. Je refusai. (Long mouvement.) J'ecrivis au ministre que je ne voulais rien que ma liberte de poete mon independance d'ecrivain. (Applaudissements prolonges a gauche.—Sensation meme a droite.)

C'est la la lettre que vous tenez entre les mains. (Bravo! bravo!)
Je dis dans cette lettre que je n'offenserai jamais le roi Charles X.
J'ai tenu parole, vous le savez. (Profonde sensation.)

M. DE LAROCHEJAQUELEIN.—C'est vrai! dans de bien admirables vers!

M. VICTOR HUGO, a la droite.—Vous voyez, messieurs, que vous ne riez plus et que j'avais raison de remercier M. de Falloux. (Oui! oui! Long mouvement.—Un membre rit au fond de la salle.)

A GAUCHE.—Allons donc! c'est indecent!

PLUSIEURS MEMBRES DE LA DROITE, a M. Victor Hugo.—Vous avez bien fait.

M. SOUBIES.—Celui qui a ri aurait accepte le tout.

M. VICTOR HUGO.—Je disais donc que la monarchie faisait quelquefois banqueroute. Je rappelais que, sous le regent, la monarchie avait empoche trois cent cinquante millions par l'alteration des monnaies. Je continue. Sous Louis XV, neuf banqueroutes.