M. VICTOR HUGO.—Messieurs, a la citation de Royer-Collard que vient de me faire notre honorable president, je repondrai par une citation de Sheridan, qui disait:—Quand le president cesse de proteger l'orateur, c'est que la liberte de la tribune n'existe plus. —(Applaudissements repetes a gauche.)
M. ARNAUD (de l'Ariege).—Jamais on n'a vu une pareille partialite.
M. VICTOR HUGO.—Eh bien! messieurs, que vous disais-je? Je vous disais,—et je rattache cela a l'agression dirigee aujourd'hui contre la republique, et je pretends tirer la moralite de cette agression—je vous disais: Il y a eu des royalistes autrefois. Ces royalistes-la, dont des hasards de famille ont pu meler des traditions a l'enfance de plusieurs d'entre nous, a la mienne en particulier, puisqu'on me le rappelle sans cesse; ces royalistes-la, nos peres les ont connus, nos peres les ont combattus. Eh bien! ces royalistes-la, quand ils confessaient leurs principes, c'etait le jour du danger, non le lendemain! (A gauche.—Tres bien! tres bien!)
M. VICTOR HUGO.—Ce n'etaient pas des citoyens, soit; mais c'etaient des chevaliers. Ils faisaient une chose odieuse, insensee, abominable, impie, la guerre civile; mais ils la faisaient, ils ne la provoquaient pas! (Vive approbation a gauche.)
Ils avaient devant eux, debout, toute jeune, toute terrible, toute fremissante, cette grande et magnifique et formidable revolution francaise qui envoyait contre eux les grenadiers de Mayence, et qui trouvait plus facile d'avoir raison de l'Europe que de la Vendee.
M. DE LA ROCHEJAQUELEIN.—C'est vrai!
M. VICTOR HUGO.—Ils l'avaient devant eux, et ils lui tenaient tete. Ils ne rusaient pas avec elle, ils ne se faisaient pas renards devant le lion! (Applaudissements a gauche.—M. de la Rochejaquelein fait un signe d'assentiment.)
M. VICTOR HUGO, a M. de la Rochejaquelein.—Ceci s'adresse a vous et a votre nom; c'est un hommage que je rends aux votres.
Ils ne venaient pas lui derober, a cette revolution, l'un apres l'autre, et pour s'en servir contre elle, ses principes, ses conquetes, ses armes! ils cherchaient a la tuer, non a la voler! (Bravos a gauche.)
Ils jouaient franc jeu, en hommes hardis, en hommes convaincus, en hommes sinceres qu'ils etaient; et ils ne venaient pas en plein midi, en plein soleil, ils ne venaient pas en pleine assemblee de la nation, balbutier: Vive le roi! apres avoir crie vingt-sept fois dans un seul jour: Vive la Republique! (Acclamations a gauche.—Bravos prolonges.)