Monsieur,

Je vis dans la solitude, et, depuis deux mois particulierement, le travail,—un travail pressant,—m'absorbe a ce point que je ne sais plus rien de ce qui se passe au dehors.

Aujourd'hui, un ami m'apporte plusieurs journaux contenant de fort beaux vers ou est demandee la grace de neuf condamnes a mort. Au bas de ces vers, je lis ma signature.

Ces vers ne sont pas de moi.

Quel que soit l'auteur de ces vers, je le remercie.

Quand il s'agit de sauver des tetes, je trouve bon qu'on use de mon nom, et meme qu'on en abuse.

J'ajoute que, pour une telle cause, il me parait presque impossible d'en abuser. C'est ici, a coup sur, que la fin justifie les moyens.

Que l'auteur pourtant me permette de lui reporter l'honneur de ces vers, qui, je le repete, me semblent fort beaux.

Et au premier remerciment que je lui adresse, j'en joins un second; c'est de m'avoir fait connaitre cette lamentable affaire de Charleroi.

Je regarde ces vers comme un appel qu'il m'adresse; c'est une maniere de m'inviter a elever la voix en me remettant sous les yeux les efforts que j'ai faits dans d'autres circonstances analogues, et je le remercie de cette genereuse mise en demeure.