—Ce qu'un vaisseau francais ne ferait pas pour vous, dit le capitaine, un vaisseau anglais le fera.

Et il reprit:

—Seulement, pour ma responsabilite devant mes chefs, ecrivez-moi sur mon livre votre volonte.

Et il presenta son livre de bord au passager, qui ecrivit sous sa dictee: "Je desire voir la flotte anglaise". et signa.

Un moment apres, le steamer obliquait a tribord, laissait a gauche les Aiguilles et la riviere de Southampton et entrait dans la rade de Sheerness.

Le spectacle etait beau en effet. Toutes les batteries melaient leurs fumees et leurs tonnerres; les silhouettes des massifs navires cuirasses s'echelonnaient les unes derriere les autres dans une brume rougeatre, vaste pele-mele de matures apparues et disparues; le Normandy passait au milieu de ces hautes ombres, salue par les hurrahs; cette course a travers la flotte anglaise dura plus de deux heures.

Vers sept heures, quand le Normandy arriva a Southampton, il etait pavoise.

Un des amis du capitaine Harvey, M. Rascol, directeur du Courrier de l'Europe, l'attendait sur le port; il s'etonna du navire pavoise.

—Pour qui donc avez-vous pavoise, capitaine? Pour le khedive?

Le capitaine repondit: