Depuis la deuxieme interdiction, Hernani n'a pas reparu au
Theatre-Francais.
Du reste, disons-le en passant, aujourd'hui encore, en 1875, beaucoup de choses faites par l'empire semblent avoir force de loi sous la republique. La republique que nous avons vit de l'etat de siege et s'accommode de la censure, et un peu d'empire melee a la liberte ne lui deplait pas. Les drames de Victor Hugo continuent d'etre a peu pres interdits; nous disons a peu pres, car ce qui etait patent sous l'empire est latent sous la republique. C'est la franchise de moins, voila tout. Les theatres officiels semblent avoir, a l'egard de Victor Hugo, une consigne qu'ils executent silencieusement. Quelquefois cependant le naturel militaire eclate, et la censure a la bonhomie soldatesque de s'avouer. Le censeur sabreur renonce aux petites decences betes du sbire civil, et se montre. Ainsi M. le general Ladmirault ne s'est pas cache pour interdire, au nom de l'etat de siege, le Roi s'amuse. Il ne s'est meme pas donne la peine d'expliquer en quoi Triboulet mettait Marie Alacoque en danger. Cela lui a paru evident, et cela lui a suffi; cela doit nous suffire aussi.
On se souvient qu'il y a deux ans un autre fonctionnaire, sous-prefet celui-la, a fait effacer le Revenant de l'affiche d'un theatre de province, en declarant que, pour dire sur un theatre quoi que ce soit qui fut de Victor Hugo, il fallait une permission speciale du ministre de l'interieur, renouvelable tous les soirs.
Revenons a 1867.
La reprise de Hernani, faite en 1867, eut lieu le 20 juin, au moment meme ou Victor Hugo intercedait pour Maximilien.
Les jeunes poetes contemporains dont on va lire les noms adresserent a
Victor Hugo la lettre que voici:
Cher et illustre maitre,
Nous venons de saluer des applaudissements les plus enthousiastes la reapparition au theatre de votre Hernani.
Le nouveau triomphe du plus grand poete francais a ete une joie immense pour toute la jeune poesie; la soiree du Vingt Juin fera epoque dans notre existence.
Il y avait cependant une tristesse dans cette fete. Votre absence etait penible a vos compagnons de gloire de 1830, qui ne pouvaient presser la main du maitre et de l'ami; mais elle etait plus douloureuse encore pour les jeunes, a qui il n'avait jamais ete donne de toucher cette main qui a ecrit la Legende des siecles.