Le Drame, c'est le Peuple. La Poesie, c'est l'Homme. La est la tendance de 1830, continuee par vous, comprise par toute la grande critique de nos jours. Aucun effort reactionnaire, j'y insiste, ne saurait prevaloir contre ces evidences. La haute critique est d'accord avec la haute poesie.

Dans la mesure du peu que je suis, je remercie et je felicite cette critique superieure qui parle avec tant d'autorite dans la presse politique et dans la presse litteraire, qui a un sens si profond de la philosophie de l'art, et qui acclame unanimement 1830 comme 1789.

Recevez aussi, vous, mes jeunes confreres, mon remerciment.

A ce point de la vie ou je suis arrive, on voit de pres la fin, c'est-a-dire l'infini. Quand elle est si proche, la sortie de la terre ne laisse guere place dans notre esprit qu'aux preoccupations severes. Pourtant, avant ce melancolique depart dont je fais les preparatifs, dans ma solitude, il m'est precieux de recevoir votre lettre eloquente, qui me fait rever une rentree parmi vous et m'en donne l'illusion, douce ressemblance du couchant avec l'aurore. Vous me souhaitez la bienvenue, a moi qui m'appretais au grand adieu.

Merci. Je suis l'absent du devoir, et ma resolution est inebranlable, mais mon coeur est avec vous.

Je suis fier de voir mon nom entoure des votres. Vos noms sont une couronne d'etoiles.

VICTOR HUGO.

VIII

MENTANA
A GARIBALDI