Il n'est absolu qu'au point de vue des principes. La son inflexibilite commence. La il cesse d'etre ce que dans le jargon politique on nomme "un homme pratique". De la ses resignations a tout, aux violences, aux injures, a la ruine, a l'exil. Que voulez-vous qu'il y fasse? Il a dans la bouche la verite qui, au besoin, parlerait malgre lui.

Parler par elle et pour elle, c'est la son fier bonheur.

Le vrai a deux noms; les philosophes l'appellent l'ideal, les hommes d'etat l'appellent le chimerique.

Les hommes d'etat ont-ils raison? Nous ne le pensons pas.

A les entendre, tous les conseils que peut donner un proscrit sont "chimeriques".

En admettant, disent-ils, que ces conseils aient pour eux la verite, ils ont contre eux la realite.

Examinons.

Le proscrit est un homme chimerique. Soit. C'est un voyant aveugle; voyant du cote de l'absolu, aveugle du cote du relatif. Il fait de bonne philosophie et de mauvaise politique. Si on l'ecoutait, on irait aux abimes. Ses conseils sont des conseils d'honnetete et de perdition. Les principes lui donnent raison, mais les faits lui donnent tort.

Voyons les faits.

John Brown est vaincu a Harper's Ferry. Les hommes d'etat disent: Pendez-le. Le proscrit dit: Respectez-le. On pend John Brown; l'Union se disloque, la guerre du Sud eclate. John Brown epargne, c'etait l'Amerique epargnee.