"Vous savez bien, vous qui l'entourez,—pour la derniere fois!—ce qu'etait, ce qu'est cette ame si belle et si douce, cet adorable esprit, ce grand coeur.

"Ah! ce grand coeur surtout! Comme elle aimait aimer! comme elle aimait a etre aimee! comme elle savait souffrir avec ceux qu'elle aimait!

"Elle etait la femme de l'homme le plus grand qui soit, et, par le coeur, elle se haussait a ce genie. Elle l'egalait presque a force de le comprendre.

"Et il faut qu'elle nous quitte! il faut que nous la quittions!

"Elle a deja, elle, retrouve a aimer. Elle a retrouve ses deux enfants, ici (montrant la fosse)—et la (montrant le ciel).

"Victor Hugo m'a dit a la frontiere, hier soir: "Dites a ma fille qu'en attendant je lui envoie sa mere." C'est dit, et je crois que c'est entendu.

"Et maintenant, adieu donc! adieu pour les presents! adieu pour les absents! adieu, notre amie; adieu, notre soeur!

"Adieu, mais au revoir!

Mais le devoir ne lache pas prise. Il a d'imperieuses urgences. Mme Victor Hugo, on vient de le voir, etait morte en aout. En octobre, l'ecroulement de la royaute en Espagne redonnait la parole a Victor Hugo. Mis en demeure par de si decisifs evenements, il dut, quel que fut son deuil, rompre le silence.

A L'ESPAGNE