Un mot pour terminer.

Je trouve l'exil bon. D'abord, il m'a fait connaitre cette ile hospitaliere; ensuite, il m'a donne le loisir de realiser cette idee que j'avais depuis longtemps, un essai pratique d'amelioration immediate du sort des enfants—des pauvres enfants—au point de vue de la double hygiene, c'est-a-dire de la sante physique et de la sante intellectuelle. L'idee a reussi. C'est pourquoi je remercie l'exil.

Ah! je ne me lasserai jamais de le dire:—Songeons aux enfants!

La societe des hommes est toujours, plus ou moins, une societe coupable. Dans cette faute collective que nous commettons tous, et qui s'appelle tantot la loi, tantot les moeurs, nous ne sommes surs que d'une innocence, l'innocence des enfants.

Eh bien, aimons-la, nourrissons-la, vetissons-la, donnons-lui du pain et des souliers, guerissons-la, eclairons-la, venerons-la.

Quant a moi,—etes-vous curieux de savoir mon opinion politique?—je vais vous la dire. Je suis du parti de l'innocence. Surtout du parti de l'innocence punie—pourquoi, mon Dieu?—par la misere.

Quelles que soient les douleurs de cette vie, je ne m'en plaindrai pas, s'il m'est donne de realiser les deux plus hautes ambitions qu'un homme puisse avoir sur la terre. Ces deux ambitions, les voici: etre esclave, et etre serviteur. Esclave de la conscience, et serviteur des pauvres.

1869

La Grece se tourne vers l'Amerique. Declaration de guerre prochaine et de paix future. Le Rappel.—Le congres de Lausanne.—Peabody mort. Charles Hugo condamne.—Le 29 octobre a Paris. Symptomes de l'ecroulement de l'empire. Les enfants pauvres.

I