Le socialisme est vaste et non etroit. Il s'adresse a tout le probleme humain. Il embrasse la conception sociale tout entiere. En meme temps qu'il pose l'importante question du travail et du salaire, il proclame l'inviolabilite de la vie humaine, l'abolition du meurtre sous toutes ses formes, la resorption de la penalite par l'education, merveilleux probleme resolu. (Tres bien!) Il proclame l'enseignement gratuit et obligatoire. Il proclame le droit de la femme, cette egale de l'homme. (Bravos!) Il proclame le droit de l'enfant, cette responsabilite de l'homme. (Tres bien!—Applaudissements.) Il proclame enfin la souverainete de l'individu, qui est identique a la liberte.

Qu'est-ce que tout cela? C'est le socialisme. Oui. C'est aussi la republique! (Longs applaudissements.)

Citoyens, le socialisme affirme la vie, la republique affirme le droit. L'un eleve l'individu a la dignite d'homme, l'autre eleve l'homme a la dignite de citoyen. Est-il un plus profond accord?

Oui, nous sommes tous d'accord, nous ne voulons pas de cesar, et je defends le socialisme calomnie!

Le jour ou la question se poserait entre l'esclavage avec le bien-etre, panem et circenses, d'un cote, et, de l'autre, la liberte avec la pauvrete,—pas un, ni dans les rangs republicains, ni dans les rangs socialistes, pas un n'hesiterait! et tous, je le declare, je l'affirme, j'en reponds, tous prefereraient au pain blanc de la servitude le pain noir de la liberte. (Bravos prolonges.)

Donc, ne laissons pas poindre et germer l'antagonisme. Serrons-nous donc, mes freres socialistes, mes freres republicains, serrons-nous etroitement autour de la justice et de la verite, et faisons front a l'ennemi. (Oui, oui! bravo!)

Qu'est l'ennemi?

L'ennemi, c'est plus et moins qu'un homme. (Mouvement.) C'est un ensemble de faits hideux qui pese sur le monde et qui le devore. C'est un monstre aux mille griffes, quoique cela n'ait qu'une tete. L'ennemi, c'est cette incarnation sinistre du vieux crime militaire et monarchique, qui nous baillonne et nous spolie, qui met la main sur nos bouches et dans nos poches, qui a les millions, qui a les budgets, les juges, les pretres, les valets, les palais, les listes civiles, toutes les armees,—et pas un seul peuple. L'ennemi, c'est ce qui regne, gouverne, et agonise en ce moment. (Sensation profonde.)

Citoyens, soyons les ennemis de l'ennemi, et soyons nos amis! Soyons une seule ame pour le combattre et un seul coeur pour nous aimer. Ah! citoyens: fraternite! (Acclamation.)

Encore un mot et j'ai fini.