En ce moment, deux hommes places aux poles extremes du monde politique encourent la plus lourde responsabilite que puisse porter une conscience humaine. L'un d'eux est assis sur le trone, c'est Napoleon III; l'autre, c'est Victor Hugo.
Victor Hugo, mis de la sorte en demeure, ecrivit a M. Louis Jourdan.
Bruxelles, 12 octobre 1869.
Mon cher et ancien ami,
On m'apporte le Siecle. Je lis votre article qui me touche, m'honore et m'etonne.
Puisque vous me donnez la parole, je la prends.
Je vous remercie de me fournir le moyen de faire cesser une equivoque.
Premierement, je suis un simple lecteur du Rappel. Je croyais l'avoir assez nettement dit pour n'etre pas contraint de le redire.
Deuxiemement, je n'ai conseille et je ne conseille aucune manifestation populaire le 26 octobre.
J'ai pleinement approuve le Rappel demandant aux representants de la gauche un acte, auquel Paris eut pu s'associer. Une demonstration expressement pacifique et sans armes, comme les demonstrations du peuple de Londres en pareil cas, comme la demonstration des cent vingt mille fenians a Dublin il y a trois jours, c'est la ce que demandait le Rappel.