Ce crime, partout ou je le vois, je le denonce.
Cuba est majeure.
Cuba n'appartient qu'a Cuba.
Cuba, a cette heure, subit un affreux et inexprimable supplice. Elle est traquee et battue dans ses forets, dans ses vallees, dans ses montagnes. Elle a toutes les angoisses de l'esclave evade.
Cuba lutte, effaree, superbe et sanglante, contre toutes les ferocites de l'oppression. Vaincra-t-elle? oui. En attendant, elle saigne et souffre. Et, comme si l'ironie devait toujours etre melee aux tortures, il semble qu'on entrevoit on ne sait quelle raillerie dans ce sort feroce qui, dans la serie de ses gouverneurs differents, lui donne toujours le meme bourreau, sans presque prendre la peine de changer le nom, et qui, apres Chacon, lui envoie Concha, comme un saltimbanque qui retourne son habit.
Le sang coule de Porto-Principe a Santiago; le sang coule aux montagnes de Cuivre, aux monts Carcacunas, aux monts Guajavos; le sang rougit tous les fleuves, et Canto, et Ay la Chica; Cuba appelle au secours.
Ce supplice de Cuba, c'est a l'Espagne que je le denonce, car l'Espagne est genereuse. Ce n'est pas le peuple espagnol qui est coupable, c'est le gouvernement. Le peuple d'Espagne est magnanime et bon. Otez de son histoire le pretre et le roi, le peuple d'Espagne n'a fait que du bien. Il a colonise, mais comme le Nil deborde, en fecondant.
Le jour ou il sera le maitre, il reprendra Gibraltar et rendra Cuba.
Quand il s'agit d'esclaves, on s'augmente de ce qu'on perd. Cuba affranchie accroit l'Espagne, car croitre en gloire c'est croitre. Le peuple espagnol aura cette ambition d'etre libre chez lui et grand hors de chez lui.