Je suis de ceux qui ont fait des classes souffrantes la preoccupation de leur vie. Le sort de l'ouvrier, partout, en Amerique comme en Europe, fixe ma plus profonde attention et m'emeut jusqu'a l'attendrissement. Il faut que les classes souffrantes deviennent les classes heureuses, et que l'homme qui jusqu'a ce jour a travaille dans les tenebres travaille desormais dans la lumiere.

J'aime l'Amerique comme une patrie. La grande republique de Washington et de John Brown est une gloire de la civilisation. Qu'elle n'hesite pas a prendre souverainement sa part du gouvernement du monde. Au point de vue social, qu'elle emancipe les travailleurs; au point de vue politique, qu'elle delivre Cuba.

L'Europe a les yeux fixes sur l'Amerique. Ce que l'Amerique fera sera bien fait. L'Amerique a ce double bonheur d'etre libre comme l'Angleterre et logique comme la France.

Nous l'applaudirons patriotiquement dans tous ses progres. Nous sommes les concitoyens de toute nation qui est grande.

General, aidez les travailleurs dans leur coalition puissante et sainte.

Je vous serre la main.

VICTOR HUGO.

IX

LE PLEBISCITE

Au printemps de 1870, Louis Bonaparte, sentant peut-etre on ne sait quel ebranlement mysterieux, eprouva le besoin de se faire etayer par le peuple. Il demanda a la nation de confirmer l'empire par un vote. On consulta de France Victor Hugo, on lui demanda de dire quel devait etre ce vote. Il repondit: