Monsieur,

Le comite des amis de la Sicile, devant convoquer une reunion publique des habitants de Jersey le 13 juin 1860, a l'effet d'exprimer leur sympathie pour le peuple sicilien, luttant les armes a la main pour la liberte contre un despotisme execrable et execre, les soussignes sollicitent respectueusement la faveur de votre presence et de votre precieuse assistance a la manifestation projetee.

La cause de la Sicile se recommande a tous ceux qui meritent veritablement le nom d'hommes, a tout homme estimant les institutions libres, a tout ami de la liberte et du genre humain, et nous sommes persuades qu'une cause si sainte a votre plus ardente sympathie. Vous avez consacre votre genie a la liberte, a la justice, a l'humanite; votre eloquente voix elevee a Jersey en faveur des siciliens honorera notre petite ile et contribuera a exciter encore les sympathies de l'Angleterre, de la France et de l'Europe entiere en faveur de ce vaillant peuple luttant contre des forces grandement superieures pour le bien le plus precieux de cette vie. Ce n'est pas aller trop loin que d'affirmer que votre eloquence infusera une nouvelle force dans le coeur des combattants de la liberte, victorieux mais fatigues, et portera la terreur dans l'ame de leurs ennemis.

Oui, monsieur, vos fervents plaidoyers en faveur de la liberte et de l'humanite, vos protestations contre la tyrannie et les cruautes, feront echo dans le camp de Garibaldi et sonneront le glas du desespoir aux oreilles de l'infame roi de Naples.

Nous sollicitons de nouveau votre cooperation, et, en vous exprimant notre sincere respect et admiration, nous avons l'honneur d'etre, etc.

(Suivent les signatures.)

1862

LE BANQUET DE BRUXELLES

Un des plus excellents ecrivains de la presse belge et francaise, M. Gustave Frederix, a publie, en 1862, sur le banquet de Bruxelles, de remarquables pages qui eurent alors un grand retentissement et qui seront consultees un jour, car elles font partie a la fois de l'histoire politique et de l'histoire litteraire de notre temps [note: Souvenir du banquet donne a Victor Hugo. Bruxelles.]. Le banquet de Bruxelles fut une memorable rencontre d'intelligences et de renommees venues de tous les points du monde civilise pour protester autour d'un proscrit contre l'empire. On trouve dans l'eloquent ecrit de M. Gustave Frederix tous les details de cette manifestation eclatante. M. Victor Hugo presidait le banquet, ayant a sa droite le bourgmestre de Bruxelles et a sa gauche le president de la chambre des representants. De grandes voix parlerent, Louis Blanc, Eugene Pelletan; puis, au nom de la presse de tous les pays, d'eminents journalistes, M. Berardi pour la Belgique, M. Nefftzer pour la France, M. Cuesta pour l'Espagne, M. Ferrari pour l'Italie, M. Low pour l'Angleterre. Les honorables editeurs des Miserables, MM. Lacroix et Verboeckhoven remercierent l'auteur du livre au nom de la Librairie internationale. Champfleury salua Victor Hugo au nom des prosateurs, et Theodore de Banville le salua au nom des poetes. Jamais de plus nobles paroles ne furent entendues. Cette fete fut grave et solennelle.

Dans ce temps-la, le bourgmestre de Bruxelles etait un honnete homme; il s'appelait Fontainas. Ce fut lui qui porta le toast a Victor Hugo; il le fit en ces termes: