Oh! scellons, consolidons, cimentons cette concorde! abjurons toute dissidence et tout desaccord! puisque nous n'avons plus qu'une couleur a notre drapeau, la pourpre, n'ayons plus qu'un sentiment dans nos ames, la fraternite! La France, je le repete, a besoin de nous savoir unis. Divises, nous la troublons; unis, nous la rassurons. Soyons unis pour etre forts, et soyons unis pour etre heureux!
Heureux! quel mot! Et peut-on le prononcer, helas, quand la patrie est loin, quand la liberte est morte? Oui, si l'on aime. S'aimer dans l'affliction, c'est le bonheur du malheur.
Et comment ne nous aimerions-nous pas? Y a-t-il quelque douleur qui n'ait pas ete egalement partagee a tous? Nous avons le meme malheur et la meme esperance. Nous avons sur la tete le meme ciel et le meme exil. Ce que vous pleurez, je le pleure; ce que vous regrettez, je le regrette; ce que vous esperez, je l'attends. Etant pareils par le sort, comment ne serions-nous pas freres par l'esprit? La larme que nous avons dans les yeux s'appelle France, le rayon que nous avons dans la pensee s'appelle republique. Aimons-nous! Souffrir ensemble, c'est deja s'aimer. L'adversite, en percant nos coeurs du meme glaive, les a traverses du meme amour.
Aimons-nous pour la patrie absente! aimons-nous pour la republique egorgee! aimons-nous contre l'ennemi commun!
Notre but, c'est un seul peuple; notre point de depart, ce doit etre une seule ame. Ebauchons l'unite par l'union.
Citoyens, vive la republique! Proscrits, vive la France!
III
DECLARATION A PROPOS DE L'EMPIRE
Jersey, 31 octobre 1852.