Amis et freres! en presence de ce gouvernement infame, negation de toute morale, obstacle a tout progres social, en presence de ce gouvernement meurtrier du peuple, assassin de la republique et violateur des lois, de ce gouvernement ne de la force et qui doit perir par la force, de ce gouvernement eleve par le crime et qui doit etre terrasse par le droit, le francais digne du nom de citoyen ne sait pas, ne veut pas savoir s'il y a quelque part des semblants de scrutin, des comedies de suffrage universel et des parodies d'appel a la nation; il ne s'informe pas s'il y a des hommes qui votent et des hommes qui font voter, s'il y a un troupeau qu'on appelle le senat et qui delibere et un autre troupeau qu'on appelle le peuple et qui obeit; il ne s'informe pas si le pape va sacrer au maitre-autel de Notre-Dame l'homme qui,—n'en doutez pas, ceci est l'avenir inevitable,—sera ferre au poteau par le bourreau;—en presence de M. Bonaparte et de son gouvernement, le citoyen digne de ce nom ne fait qu'une chose et n'a qu'une chose a faire: charger son fusil et attendre l'heure.
IV
BANQUET POLONAIS
ANNIVERSAIRE DE LA REVOLUTION DE POLOGNE
29 novembre 1852.
Proscrits de Pologne,
Vous prononcez mon nom au milieu de cette fete, destinee a honorer vos grandes luttes. Vous me faites appel. Je me leve.
Cette solennite m'est chere. Elle m'est chere doublement, et savez-vous pourquoi, citoyens? ce n'est pas seulement parce qu'elle rappelle a nos memoires votre heroique reveil de 1830, c'est aussi, c'est surtout parce qu'elle glorifie une revolution, au jour, presqu'a l'heure ou la servitude vote l'empire.
Oui, ceci me plait, ceci me convient. Cette communion, a laquelle j'assiste, cette communion de la France exilee et de la Pologne proscrite dans un illustre souvenir, dans une date memorable, a le haut caractere d'un acte de foi. Oui, citoyens, c'est au moment ou il semble que les cercueils se ferment qu'il faut affirmer la vie.
Qu'aujourd'hui, ici, dans cette ile, a l'instant ou, en France, on salue empereur le bandit du 2 decembre, que vos voix genereuses, que vos paroles inspirees, que vos chants patriotiques repondent, comme un echo de la conscience humaine, a ces acclamations infames!