Citoyens, du fond de cette adversite ou nous sommes encore, envoyons une acclamation a l'avenir. Saluons, au dela de toutes ces convulsions et de toutes ces guerres, saluons l'aube benie des Etats-Unis d'Europe! Oh! ce sera la une realisation splendide! Plus de frontieres, plus de douanes, plus de guerres, plus d'armees, plus de proletariat, plus d'ignorance, plus de misere; toutes les exploitations coupables supprimees, toutes les usurpations abolies; la richesse decuplee, le probleme du bien-etre resolu par la science; le travail, droit et devoir; la concorde entre les peuples, l'amour entre les hommes; la penalite resorbee par l'education; le glaive brise comme le sabre; tous les droits proclames et mis hors d'atteinte, le droit de l'homme a la souverainete, le droit de la femme a l'egalite, le droit de l'enfant a la lumiere; la pensee, moteur unique, la matiere, esclave unique; le gouvernement resultant de la superposition des lois de la societe aux lois de la nature, c'est-a-dire pas d'autre gouvernement que le droit de l'Homme;—voila ce que sera l'Europe demain peut-etre, citoyens, et ce tableau qui vous fait tressaillir de joie n'est qu'une ebauche tronquee et rapide. O proscrits, benissons nos peres dans leurs tombes, benissons ces dates glorieuses qui rayonnent sur ces murailles, benissons la sainte marche des idees. Le passe appartient aux princes; il s'appelle Barbarie; l'avenir appartient aux peuples; il s'appelle Humanite!
1854
La peine de mort.—Un gibet a Guernesey. Complaisances anglaises. —Evocation de l'avenir. Misere.—Nostalgie. Encore un qui meurt. —Desastres en Crimee. Bassesse dans le parlement. Attitude du proscrit devant le proscripteur.
I
AUX HABITANTS DE GUERNESEY
Janvier 1854.
Une condamnation a mort est prononcee dans les iles de la Manche.
Victor Hugo intervient.
Peuple de Guernesey,
C'est un proscrit qui vient a vous.
C'est un proscrit qui vient vous parler pour un condamne. L'homme qui est dans l'exil tend la main a l'homme qui est dans le sepulcre. Ne le trouvez pas mauvais, et ecoutez-moi.