Hauteville-House, 18 aout 1859.
II
JOHN BROWN
Cependant une democratie allait commettre, elle aussi, un crime. La nouvelle de la condamnation de John Brown arriva en Europe. Victor Hugo s'emut. Le 2 decembre 1859, a l'heure meme de cet anniversaire qui lui rappelait toutes les formes et toutes les necessites du devoir, il adressa, par l'intermediaire de tous les journaux libres de l'Europe, la lettre qu'on va lire a l'Amerique:
AUX ETATS-UNIS D'AMERIQUE
Quand on pense aux Etats-Unis d'Amerique, une figure majestueuse se leve dans l'esprit, Washington.
Or, dans cette patrie de Washington, voici ce qui a lieu en ce moment:
Il y a des esclaves dans les etats du sud, ce qui indigne, comme le plus monstrueux des contre-sens, la conscience logique et pure des etats du nord. Ces esclaves, ces negres, un homme blanc, un homme libre, John Brown, a voulu les delivrer. John Brown a voulu commencer l'oeuvre de salut par la delivrance des esclaves de la Virginie. Puritain, religieux, austere, plein de l'evangile, Christus nos liberavit, il a jete a ces hommes, a ces freres, le cri d'affranchissement. Les esclaves, enerves par la servitude, n'ont pas repondu a l'appel. L'esclavage produit la surdite de l'ame. John Brown, abandonne, a combattu; avec une poignee d'hommes heroiques, il a lutte; il a ete crible de balles, ses deux jeunes fils, saints martyrs, sont tombes morts a ses cotes, il a ete pris. C'est ce qu'on nomme l'affaire de Harper's Ferry.
John Brown, pris, vient d'etre juge, avec quatre des siens, Stephens,
Copp, Green et Coplands.
Quel a ete ce proces? disons-le en deux mots.