Mais si je porte ce jugement sur les vaincus, que dois-je dire des vainqueurs qui, apres la victoire, en dehors des excitations de la lutte, fusillent sommairement, sans examen, sans jugement, par escouades de 50, de 100 individus, je ne dis pas seulement des insurges de tout age, de tout sexe, pris les armes a la main, mais le premier venu, qu'une circonstance quelconque, un regard suspect, une fausse demarche, une denonciation calomnieuse…. (interruption), oui, des delations et des vengeances! designent a la fureur des soldats? (Interruption.)
M. JOTTRAND.—Brigands contre brigands!
Des voix a droite.—A l'ordre!
M. LE PRESIDENT.—Les paroles qui viennent d'etre prononcees ne sont pas parvenues jusqu'au bureau….
M. COUVREUR.—J'ai dit….
M. LE PRESIDENT.—Je ne parle pas de vos paroles, monsieur Couvreur.
M. JOTTRAND.—Je demande la parole.
M. COUVREUR.—Ces faits sont denonces par la presse qui peut et qui ose parler, par les journaux anglais.
Lisez ces journaux. Leurs revelations font fremir. Le Times le dit avec raison: "Paris est un enfer habite par des demons. Les faits, les details abondent. A les lire, on se demande si le peuple francais est pris d'un acces de demence feroce ou s'il est deja atteint dans toutes ses classes de cette pourriture du bas-empire qui annonce la decadence des grandes nations."
Cela est deja fort affligeant, mais ce qui le serait bien davantage, c'est que ces haines, ces rages feroces, ces passions surexcitees pussent reagir jusque chez nous. Que la France soit affolee de reaction, que les partis monarchiques sement, pour l'avenir, de nouveaux germes de guerre civile, deplorons-le, mais n'imitons pas; nous qui ne sommes pas directement interesses dans la lutte, gardons au moins l'impartialite de l'histoire. Restons maitres de nous-memes et de notre sang-froid, ne substituons pas l'arbitraire, le bon plaisir, la passion a la justice et aux lois.