M. D'ANETHAN, ministre des affaires etrangeres.—Nous n'avons pas a discuter la loi de 1835. J'examine seulement la question de savoir si le gouvernement a bien fait d'appliquer la loi.
La loi dit que le gouvernement peut expulser tout individu qui, par sa conduite, a compromis la tranquillite publique.
Eh bien, M. Hugo a-t-il compromis la tranquillite du pays par cette lettre qui contenait un defi insolent? Les faits repondent a cette question.
Mais j'ai un detail a ajouter a la declaration que j'ai faite au senat. M. Victor Hugo ayant ete appele devant l'administrateur de la surete publique, ce fonctionnaire lui dit:—Vous devez reconnaitre que vous vous etes mepris sur le sentiment public.—J'ai contre moi la bourgeoisie, mais j'ai pour moi les ouvriers, et j'ai recu une deputation d'ouvriers qui a promis de me defendre." [Note: M. Victor Hugo n'a pas dit cela.] (Exclamations sur quelques bancs.)
Dans ces circonstances, il eut ete indigne du gouvernement de ne pas sevir. (Tres bien!) Il importe que l'on connaisse bien les intentions du gouvernement. Ses intentions, les voici: nous ne recevrons chez nous aucun des hommes ayant appartenu a la Commune, [Note: La protestation de Victor Hugo a produit ce resultat, qu'apres cette declaration formelle et solennelle du ministre, le gouvernement belge, baissant la tete et se dementant, n'a pas ose interdire l'entree en Belgique a un membre de la Commune, Tridon, qui est mort depuis a Bruxelles.] et nous appliquerons la loi d'extradition a tous les hommes qui se sont rendus coupables de vol, d'assassinat ou d'incendie. (Marques d'approbation a droite.)
M. COUVREUR.—Messieurs, moi aussi, je me leve, en cette circonstance, sous l'empire d'une profonde tristesse.
Il ne saurait en etre autrement au spectacle de ce debordement d'horreurs qui font reculer la civilisation de dix-huit siecles et dont les consequences menacent de ne pas s'arreter a nos frontieres.
Oui, je le dis avec l'unanimite de cette Chambre, les hommes de la
Commune de Paris qui ont voulu, par la force et l'intimidation,
etablir la domination du proletariat sur Paris, et par Paris sur la
France, ces hommes sont de grands coupables.
Oui, il y avait parmi eux, a cote de fanatiques et d'esprits egares, de veritables scelerats.
Oui, les hommes qui, de propos delibere, ont mis le feu aux monuments et aux maisons de Paris sont des incendiaires, et ceux qui ont fusille des otages arbitrairement arretes et juges sont d'abominables assassins.