Resultat du scrutin
M. Vautrain 122,435 voix.
M. Victor Hugo 95,900—
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Le lendemain de l'election, le 8 janvier, M. Victor Hugo adressa au peuple de Paris les paroles qu'on va lire:
AU PEUPLE DE PARIS
Paris ne peut echouer. Les echecs apparents couvrent des triomphes definitifs. Les hommes passent, le peuple reste. La ville que l'Allemagne n'a pu vaincre ne sera pas vaincue par la reaction.
A de certaines epoques etranges, la societe a peur et demande secours aux impitoyables. La violence seule a la parole, les implacables sont les sauveurs; etre sanguinaire, c'est avoir du bon sens. Le vae victis devient la raison d'etat; la compassion semble une trahison, et on lui impute les catastrophes. On tient pour ennemi public l'homme atteint de cette folie, la clemence; Beccaria epouvante, et Las Casas fait l'effet de Marat.
Ces crises ou la peur engendre la terreur durent peu; leur emportement meme les precipite. Au bout de peu de temps, l'ordre faux que fait le sabre est vaincu par l'ordre vrai que fait la liberte. Pour obtenir cette victoire, aucune lutte violente n'est necessaire. La marche en avant du genre humain ebranle pacifiquement ce qui doit tomber. Le pas grave et mesure du progres suffit pour l'ecroulement des choses fausses.
Ce que Paris veut sera. Des problemes sont poses; ils auront leur solution, et cette solution sera fraternelle. Paris veut l'apaisement, la concorde, la guerison des plaies sociales. Paris veut la fin des guerres civiles. La fin des guerres ne s'obtient que par la fin des haines. Comment finissent les haines? Par l'amnistie.