Je ne dis pas que je ne consentirai jamais a rentrer dans une Chambre; plus tard, quand les lecons donnees auront porte leur fruit, quand la liberte de la tribune sera retablie, si mes concitoyensse souviennent assez de moi pour savoir mon nom, j'accepterai d'eux, alors comme toujours, toutes les formes du devoir. Je remonterai, s'ils le desirent, a la tribune redevenue possible pour moi, et j'y defendrai la republique, le peuple, la France, et tous les grands principes du droit auxquels appartiennent ma derniere parole comme orateur, ma derniere pensee comme ecrivain, et mon dernier souffle comme citoyen.

NOTE V.

FIN DE L'INCIDENT BELGE.

L'incident belge a eu une suite. Le denoument a ete digne du commencement. La conscience publique exigeait un proces. Le gouvernement belge l'a compris; il en a fait un. A qui? Aux auteurs et complices du guet-apens de la place des Barricades? Non. Au fils de Victor Hugo, et un peu par consequent au pere. Le gouvernement belge a simplement accuse M. Francois-Victor Hugo de vol. M. Francois-Victor Hugo avait depuis quatre ou cinq ans dans sa chambre quelques vieux tableaux achetes en Flandre et en Hollande. Le gouvernement catholique belge a suppose que ces tableaux devaient avoir ete voles au Louvre par la Commune et par M. Francois-Victor Hugo. Il les a fait saisir en l'absence de M. Francois-Victor Hugo, et un juge nomme Cellarier a gravement et sans la moindre stupeur instruit le proces. Au bout de six semaines, il a fallu renoncer a cette tentative, digne pendant de la tentative nocturne du 27 mai. La justice belge s'est desistee du proces, a rendu les tableaux et a garde la honte. De tels faits ne se qualifient pas.

La justice belge n'ayant pu donner le change a l'opinion, et n'ayant pas reussi dans son essai de poursuivre un faux crime, a paru, au bout de trois mois, se souvenir qu'elle avait un vrai crime a poursuivre. Le 20 aout, M. Victor Hugo a recu, a Vianden, l'invitation de faire sa declaration sur l'assaut du 27 mai devant le juge d'instruction de Diekirch. Il l'a faite en ces termes:

Le 1er juin 1871, au moment de quitter la Belgique, j'ai publie la declaration que voici:

"L'assaut nocturne d'une maison est un crime qualifie. A six heures du matin, le procureur du roi devait etre dans ma maison; l'etat des lieux devait etre constate judiciairement, l'enquete de justice en regle devait commencer, cinq temoins devaient etre immediatement entendus, les trois servantes, Mme Charles Hugo et moi. Rien de tout cela n'a ete fait. Aucun magistrat instructeur n'est venu; aucune verification legale des degats, aucun interrogatoire. Demain toute trace aura a peu pres disparu, et les temoins seront disperses; l'intention de ne rien voir est ici evidente. Apres, la police sourde, la justice aveugle. Pas une deposition n'a ete judiciairement recueillie; et le principal temoin, qu'avant tout on devrait appeler, on l'expulse.

VICTOR HUGO."

Tout ce que j'ai indique dans ce qu'on vient de lire s'est realise.

Aujourd'hui, 20 aout 1871, je suis cite a faire, par-devant le juge d'instruction de Diekirch (Luxembourg), delegue par commission rogatoire, la declaration de l'acte tente contre moi dans la nuit du 27 mai.