Deux mois et vingt-quatre jours se sont ecoules.
Je suis en pays etranger.
Le gouvernement belge a laisse aux traces materielles le temps de disparaitre, et aux temoins le temps de se disperser et d'oublier.
Puis, quand il a fait tout ce qu'il a pu pour rendre l'enquete illusoire, il commence l'enquete.
Quand la justice belge pense qu'au bout de pres de trois mois le fait a eu le temps de s'evanouir judiciairement et est devenu insaisissable, elle se saisit du fait.
Pour commencer, au mepris du code, elle qualifie, dans la citation qui m'est remise, l'assaut d'une maison par une bande armee de pierres et poussant des cris de mort: "violation de domicile".
Pourquoi pas tapage nocturne?
A mes yeux, le crime qualifie de la place des Barricades a une circonstance attenuante. C'est un fait politique. C'est un acte sauvage et inconscient, un acte d'ignorance et d'imbecillite, du meme genre que les faits reproches aux agents de la Commune. Cette assimilation est acquise aux hommes de la place des Barricades. Ils ont agi aveuglement comme agissaient les instruments de la Commune. C'est pourquoi je les couvre de la meme exception. C'est pourquoi il ne m'a pas convenu d'etre plaignant.
C'est pourquoi, temoin, j'eusse plaide la circonstance attenuante qu'on vient d'entendre.
Mais je n'ai pas voulu etre plaignant, et le gouvernement belge n'a pas voulu que je fusse temoin.