Il aura aujourd'hui la fin qu'il a eue autrefois.

La Prusse sera precipitee.

Cette guerre, si epouvantable qu'elle soit, n'a encore ete que petite.
Elle va devenir grande.

J'en suis fache pour vous, prussiens, mais il va falloir changer votre facon de faire. Cela va etre moins commode. Vous serez toujours deux ou trois contre un, je le sais; mais il faut aborder Paris de front. Plus de forets, plus de broussailles, plus de ravins, plus de tactique tortueuse, plus de glissement dans l'obscurite. La strategie des chats ne sert pas a grand'chose devant le lion. Plus de surprises. On va vous entendre venir. Vous aurez beau marcher doucement, la mort ecoute. Elle a l'oreille fine, cette guetteuse terrible. Vous espionnez, mais nous epions. Paris, le tonnerre en main et le doigt sur la detente, veille et regarde l'horizon. Allons, attaquez. Sortez de l'ombre. Montrez vous. C'en est fini des succes faciles. Le corps a corps commence. On va se colleter. Prenez-en votre parti. La victoire maintenant exigera un peu d'imprudence. Il faut renoncer a cette guerre d'invisibles, a cette guerre a distance, a cette guerre a cache-cache, ou vous nous tuez sans que nous ayons l'honneur de vous connaitre.

Nous allons voir enfin la vraie bataille. Les massacres tombant sur un seul cote sont finis. L'imbecillite ne nous commande plus. Vous allez avoir affaire au grand soldat qui s'appelait la Gaule du temps que vous etiez les borusses, et qui s'appelle la France aujourd'hui que vous etes les vandales; la France: miles magnus, disait Cesar; soldat de Dieu, disait Shakespeare.

Donc, guerre, et guerre franche, guerre loyale, guerre farouche. Nous vous la demandons et nous vous la promettons. Nous allons juger vos generaux. La glorieuse France grandit volontiers ses ennemis. Mais il se pourrait bien apres tout que ce que nous avons appele l'habilete de Moltke ne fut autre chose que l'ineptie de Leboeuf. Nous allons voir.

Vous hesitez, cela se comprend. Sauter a la gorge de Paris est difficile. Notre collier est garni de pointes.

Vous avez deux ressources qui ne feront pas precisement l'admiration de l'Europe:

Affamer Paris.

Bombarder Paris.