Faites. Nous attendons vos projectiles. Et tenez, si une de vos bombes, roi de Prusse, tombe sur ma maison, cela prouvera une chose, c'est que je ne suis pas Pindare, mais que vous n'etes pas Alexandre.
On vous prete, prussiens, un autre projet. Ce serait de cerner Paris sans l'attaquer, et de reserver toute votre bravoure contre nos villes sans defense, contre nos bourgades, contre nos hameaux. Vous enfonceriez heroiquement ces portes ouvertes, et vous vous installeriez la, ranconnant vos captifs, l'arquebuse au poing. Cela s'est vu au moyen age. Cela se voit encore dans les cavernes. La civilisation stupefaite assisterait a un banditisme gigantesque. On verrait cette chose: un peuple detroussant un autre peuple. Nous n'aurions plus affaire a Arminius, mais a Jean l'Ecorcheur. Non! nous ne croyons pas cela. La Prusse attaquera Paris, mais l'Allemagne ne pillera pas les villages. Le meurtre, soit. Le vol, non. Nous croyons a l'honneur des peuples.
Attaquez Paris, prussiens. Bloquez, cernez, bombardez.
Essayez.
Pendant ce temps-la l'hiver viendra.
Et la France.
L'hiver, c'est-a-dire la neige, la pluie, la gelee, le verglas, le givre, la glace. La France, c'est-a-dire la flamme.
Paris se defendra, soyez tranquilles.
Paris se defendra victorieusement.
Tous au feu, citoyens! Il n'y a plus desormais que la France ici et la Prusse la. Rien n'existe que cette urgence. Quelle est la question d'aujourd'hui? combattre. Quelle est la question de demain? vaincre. Quelle est la question de tous les jours? mourir. Ne vous tournez pas d'un autre cote. Le souvenir que tu dois au devoir se compose de ton propre oubli. Union et unite. Les griefs, les ressentiments, les rancunes, les haines, jetons ca au vent. Que ces tenebres s'en aillent dans la fumee des canons. Aimons-nous pour lutter ensemble. Nous avons tous les memes merites. Est-ce qu'il y a eu des proscrits? je n'en sais rien. Quelqu'un a-t-il ete en exil? je l'ignore. Il n'y a plus de personnalites, il n'y a plus d'ambitions, il n'y a plus rien dans les memoires que ce mot, salut public. Nous ne sommes qu'un seul francais, qu'un seul parisien, qu'un seul coeur; il n'y a plus qu'un seul citoyen qui est vous, qui est moi, qui est nous tous. Ou sera la breche seront nos poitrines. Resistance aujourd'hui, delivrance demain; tout est la. Nous ne sommes plus de chair, mais de pierre. Je ne sais plus mon nom, je m'appelle Patrie. Face a l'ennemi! Nous nous appelons tous France, Paris, muraille!