Comme elle va etre belle, notre cite! Que l'Europe s'attende a un spectacle impossible, qu'elle s'attende a voir grandir Paris; qu'elle s'attende a voir flamboyer la ville extraordinaire. Paris va terrifier le monde. Dans ce charmeur il y a un heros. Cette ville d'esprit a du genie. Quand elle tourne le dos a Tabarin, elle est digne d'Homere. On va voir comment Paris sait mourir. Sous le soleil couchant, Notre-Dame a l'agonie est d'une gaite superbe. Le Pantheon se demande comment il fera pour recevoir sous sa voute tout ce peuple qui va avoir droit a son dome. La garde sedentaire est vaillante; la garde mobile est intrepide; jeunes hommes par le visage, vieux soldats par l'allure. Les enfants chantent meles aux bataillons. Et des a present, chaque fois que la Prusse attaque, pendant le rugissement de la mitraille, que voit-on dans les rues? les femmes sourire. O Paris, tu as couronne de fleurs la statue de Strasbourg; l'histoire te couronnera d'etoiles!

Paris, 2 octobre 1870.

V

LES CHATIMENTS

L'edition parisienne des Chatiments parut le 20 octobre. Paris etait bloque depuis plus d'un mois. Le livre fut donc, a cette epoque, enferme dans Paris comme le peuple meme. Les Chatiments furent meles a ce siege memorable, et firent leur devoir dans Paris pendant l'invasion, comme ils l'avaient fait hors de France pendant l'empire.

Paris, 22 octobre 1870.

Monsieur le directeur du Siecle,

Les Chatiments n'ont jamais rien rapporte a leur auteur, et il est loin de s'en plaindre. Aujourd'hui, cependant, la vente des cinq mille premiers exemplaires de l'edition parisienne produit un benefice de cinq cents francs. Je demande la permission d'offrir ces cinq cents francs a la souscription pour les canons.

Recevez l'assurance de ma cordialite fraternelle.

VICTOR HUGO.