Il est là, silencieux, les mains dans ses poches, comme s'il était seul. Puis, d'une voix forte, lentement, il dit en regardant la statue colosse,—ces deux cent mille kilos de métal qui feront face à la France, là-bas:

La mer, cette grande agitée, constate l'union des deux grandes terres, apaisées!

Et comme quelqu'un le prie de dicter ces mots lapidaires, qu'on veut garder, il ajoute doucement, vraiment ému devant cette image de fer et de cuivre de la concorde:

—Oui, cette belle oeuvre tend à ce que j'ai toujours aimé, appelé: la paix. Entre l'Amérique et la France—la France qui est l'Europe—ce gage de paix demeurera permanent. Il était bon que cela fût fait.

Ensuite, saluant, salué, appuyé au bras de Mme Lockroy et suivi de sa petite-fille, Victor Hugo regagne sa voiture, emportant le fragment de la statue, sur lequel M. Bartholdi a fait graver en hâte la date de cette journée, le souvenir de cette glorieuse visite, avec cette inscription:

A VICTOR HUGO
Les Travailleurs de l'Union franco-américaine

Fragment de la statue colossale de la Liberté
présenté à l'illustre apôtre
de la Paix, de la Liberté, du Progrès
VICTOR HUGO
le jour où il a honoré de sa visite
l'oeuvre de l'Union franco-américaine.
29 novembre 1884

Au moment où Victor Hugo montait en voiture, tous les fronts se sont découverts et toutes les voix ont crié: Vive Victor Hugo!

Une Américaine a crié avec un accent saxon, entrecoupé par l'émotion:

—Vive Victor Hugo! le plus grand poète de la France!