On n'accusera pas la presse d'ingratitude vis-à-vis du grand homme dont nous célébrons aujourd'hui l'apothéose; l'immense publicité qu'elle a donnée aux oeuvres du maître a fait pénétrer sa pensée jusque dans les hameaux les plus reculés. Elle a mis sa gloire à l'abri des contestations qui se sont élevées, dans d'autres pays, autour d'illustres génies.

La presse tout entière s'est inclinée avec respect devant les restes du poète national. Les dissentiments se sont imposé silence devant ce glorieux cercueil; et c'est pour celui qui parle au nom de la presse parisienne une satisfaction profonde de savoir qu'il est l'interprète de tous ses confrères quand il exprime son admiration et sa gratitude pour celui qui fut Victor Hugo.

DISCOURS DE M. LOUIS ULBACH

AU NOM DE L'ASSOCIATION LITTÉRAIRE INTERNATIONALE.

Si je n'écoutais que la douleur d'une amitié de plus de quarante ans et si je n'obéissais qu'à l'admiration de toute ma vie, je me tairais devant le silence formidable de ce cercueil.

Mais j'ai reçu de l'Association littéraire et artistique internationale, dont Victor Hugo était le président d'honneur, un mandat qu'il ne m'est pas permis de récuser. Nos amis de la France et de l'étranger, ceux qui dans nos courses à travers l'Europe, à chacun de nos congrès, à Londres, à Lisbonne, à Vienne, à Rome, à Amsterdam, à Bruxelles, acclamaient Victor Hugo avec tant de sympathie, en nous donnant tant d'orgueil, ont aujourd'hui l'orgueil de faire retentir leur sympathie dans notre profonde tristesse.

Nous sommes les soldats d'une idée que Victor Hugo nous a léguée, la défense de la propriété littéraire et de la propriété artistique. Partout où nous sommes allés livrer ce bon combat, son nom nous a ouvert l'hospitalité la plus cordiale, son génie nous a donné les armes les plus sûres et sa gloire a illuminé nos succès.

Je viens donc, au nom de ceux qu'il a inspirés, commandés, soutenus, l'acclamer à mon tour, quand je voudrais uniquement le pleurer.

Victor Hugo est l'écrivain français le plus admiré hors de France; non pas parce que nous l'admirons, car les étrangers parfois nous reprochent de ne pas l'admirer assez, tant ils sont saisis par la forte expansion de son génie! A peine a-t-on besoin de le traduire! Le relief de sa pensée fait sa trouée dans la langue étrangère, et le geste de sa parole aide à le deviner, avant qu'on l'ait pénétré.

Sa gloire prodigieuse, messieurs, nous est donc doublement chère! Elle rayonne sur nous, avec le souvenir de nos joies, de nos douleurs les plus intimes, de nos ambitions les plus vastes, et en même temps elle resplendit au dehors comme une irradiation de la France généreuse et fraternelle.