A cette heure de réaction contre toutes les tendances du progrès, dénoncé de tous côtés, de par l'encyclique, de par le droit divin, de par le «bon goût», de par le magister dixit, de par l'ornière, de par la tradition, etc., en cette insurrection flagrante de tout le passé, passé fanatique, passé scolastique, passé autoritaire, contre ce puissant dix-neuvième siècle, fils de la révolution et père de la liberté, il est utile, il est nécessaire, il est juste de rendre témoignage à Paris. Attester Paris, c'est affirmer, en dépit de toutes les apparences évidentes acceptées du vulgaire, la continuation de la vaste évolution humaine vers la libération universelle. Au moment où nous sommes, la coalition nocturne des vieux préjugés et des vieux régimes triomphe, et croit Paris en détresse, à peu près comme les sauvages croient le soleil en danger pendant l'éclipse.

Cette affirmation de Paris, ce livre la fait.

Cette affirmation, elle est dans les pages qu'on lit en ce moment. Affirmation de la démocratie, affirmation de la paix, affirmation du siècle. Pourtant indiquons ce qui est en notre pensée le côté réservé. Une affirmation n'existe qu'à la condition d'être en même temps une négation. Donc ces pages nient quelque chose.

C'est un Oui qui dit Non.

Du reste, en écrivant ces quelques feuilles, nous n'engageons pas plus le livre [Note: Le livre Paris-Guide, publié pour l'Exposition universelle de 1867, et dont les pages de Victor Hugo étaient l'Introduction.] que nous ne sommes engagé par lui. Si quelqu'un dans ce livre est peu de chose, c'est nous. Un édifice bâti par une éblouissante légion d'esprits, voilà ce que c'est que ce livre. Si à tous les noms dont il offre la pléiade, il réunissait les autres noms lumineux qui, pour des raisons diverses, lui manquent, ce livre, ce serait Paris même. Quant à nous, ainsi que cela convient, nous sommes sur le seuil, presque dehors. Absent de la ville, absent du livre. Il existe au delà de nous, et nous sommes en deçà. Isolement humble et sévère, que nous acceptons.

V

DECLARATION DE PAIX

I

Que l'Europe soit la bienvenue.

Qu'elle entre chez elle. Qu'elle prenne possession de ce Paris qui lui appartient, et auquel elle appartient! Qu'elle ait ses aises et qu'elle respire à pleins poumons dans cette ville de tous et pour tous, qui a le privilège de faire des actes européens! c'est d'ici que sont parties toutes les hautes impulsions de l'esprit du dix-neuvième siècle; c'est ici que s'est tenu, magnifique spectacle contemporain, pendant trente-six ans de liberté, le concile des intelligences; C'est ici qu'ont été posées, débattues et résolues dans le sens de la délivrance, toutes les grandes questions de cette époque: droit de l'individu, base et point de départ du droit social, droit du travail, droit de la femme, droit de l'enfant, abolition de l'ignorance, abolition de la misère, abolition du glaive sous toutes ses formes, inviolabilité de la vie humaine.