Et ce fut une joie immense, un pur délire,
Et sur la scène, hier morne et déserte, hélas!
Reparurent divins, avec leur chant de lyre,
Hernani, Marion de Lorme, et toi, Ruy Blas!
Et nous-mêmes, dont l'âme à la Muse se livre,
Apportant nos efforts, nos coeurs, nos humbles voix,
Nous avons évoqué le drame et le grand livre
Que tu viens d'applaudir pour la centième fois.
O peuple, que la foi, la vertu, la bravoure,
Charment, quand ton Orphée, avec ses rimes d'or,
Te prodigue l'ivresse adorable, savoure
Cette ambroisie, et toi, poète, chante encor!
Homère d'un héros vivant, plus grand qu'Achille,
Sous le tragique azur empli d'astres et d'yeux,
Chante! et console encor ton Prométhée, Eschyle,
Sur le rocher sanglant où l'insultent les dieux!
Parle! toi qui toujours soutenant ce qui penche,
Opposas la Justice à la Fatalité,
Toi qui sous le laurier lèves ta tête blanche,
Génie entré vivant dans l'immortalité!
Une demi-heure après, la fête était au Grand-Hôtel, où un souper réunissait les artistes et les représentants de la presse théâtrale, sans distinction d'opinion.
Au dessert, le directeur du théâtre des Nations, M. Bertrand, a remercié en paroles émues l'auteur de Notre-Dame de Paris.
Mme Laurent a dû redire les vers de Théodore de Banville.
Alors Victor Hugo s'est levé et a dit:
Je ne dirai que peu de mots.
Tous les remerciements, c'est moi qui les dois. Je ne suis pas l'auteur du drame, je ne suis que l'auteur du livre.